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VIVRE A CREDIT ; JUSQU'A QUANT ?

 

Publié le 1 août 2018,  Lien de l'article original

 

Il y a des mots d’ordre, des slogans ou expressions, qui ont au moins le mérite d’attirer l’attention sur un problème.

C’est le cas du « jour du dépassement » de la terre, où par un savant calcul on estime qu’aux alentours du 1er aout (pour cette année), nous avons épuisé plus que ce que la terre est capable de régénérer sur une année. L’image est forte et percutante: on vivrait à crédit à partir de cette date. Et elle inquiète aussi, sujet à instrumentalisation : le choix du vocabulaire qui fait écho aux crises financières et aux dettes d’Etat, n’est pas un hasard, il appuie un peu plus sur cette hantise qui fait imposer dans toute l’Europe des politiques de régressions sociales terribles, au service en réalité des banques toutes puissantes et des intérêts de crédit exorbitants qu’elles imposent aux peuples.(*)

Mais arrêtons-nous sur le sens de cette « vie à crédit de l’Humanité » et occupons-nous vraiment du sens écologique derrière : c’est le sujet le plus intéressant au delà des instrumentalisations.

Il y a deux vents contraires qui soufflent sur la dynamique de développement qui a lieu un peu partout sur la planète.

1ère dynamique : la consommation de plus en plus forte, et les pressions sur les ressources naturelles qui s’en suivent. La cause étant, et nous l’oublions souvent car nous vivons en Europe, la sortie de la pauvreté et l’entrée de centaines de millions de personnes dans les sociétés de type moderne de plus en plus urbaines, avec la construction d’infrastructures et équipements pour permettre à ces nouveaux entrants de se loger, se nourrir, se déplacer, se soigner etc…

Entendons-nous bien, il y a à la fois l’accroissement démographique, mais aussi la sortie de la pauvreté de centaines de millions de personnes : la Chine, dans une moindre mesure l’Inde, l’Asie du Sud Est, en sont des exemples, une bonne partie de l’Afrique aussi, géant démographique de demain. C’est vraiment inédit dans l ‘histoire de l’humanité ce rythme de développement : au 20eme siècle, l’ordre de grandeur tournait autour de la dizaine de millions d’habitants, aujourd’hui il faut parler en centaines de millions ! C’est cela qui est vraiment nouveau.

A cela bien-sûr s’ajoute une part de sur-consommation et de gaspillage bien réel, du fait du système capitaliste qui n’attribue pas de façon optimum les moyens et les ressources. Faut-il le rappeler, le but du capitalisme ce n’est pas la satisfaction des besoins mais les profits, caractérisant le temps court incompatible avec d’autres calendriers plus longs intégrant le bien être de l’humanité et des critères plus globaux de développement (IDH et autre), même s’il réalise ces profits en s’appuyant sur des besoins bien réels (agriculture, santé, énergie etc), mais plus ou moins superflus sur certains aspects et avec des besoins nouveaux renouvelés par la formidable propagande de la société de consommation, et sa manifestation la plus visible : la publicité.

Donc pour résumer la 1ère dynamique : accroissement de la consommation de matières premières pour de bonnes raisons (sortie de la pauvreté d’une partie de l’humanité) mais aussi de mauvaises raisons liées au système actuel (inefficacité du capitalisme gaspilleur de ressources).

2ème dynamique, contraire à la précédente, c’est la recherche et les inventions nouvelles qui rebattent les cartes régulièrement dans l’histoire de l’humanité sur la définition de la « limite » de la terre. Oui, les ressources de la terre sont limitées, mais cette notion de limite dépend de l’époque où on se place et de l’état technologique et scientifique à une date donnée. Il y a 3 siècles la limite c’était le manque de bois, et pour une planète n ‘excédant pas 700 millions d’êtres humains à l’époque, on s’inquiétait déjà du fait que la terre soit trop peuplée et qu’on allait manquer de cette ressource (incontournable pour l’énergie et tout le reste de l’économie).. Il y a un siècle et demi, c’était le charbon et on s’alarmait aussi de voir une planète dépasser le milliard d’habitants…

Ces craintes ne sont donc pas nouvelles, et aujourd’hui cela fait bien sûr sourire, on se dit que les penseurs se sont alarmés inutilement et n’ont pas vu venir les progrès qui allaient remplacer (ou ajouter) ces ressources par d’autres, et avec des technologies d’exploitation qui n’ont plus rien à voir, des usages différents etc. L’agriculture est un exemple intéressant de ce côté : la meilleure connaissance des sols, la mécanisation, l’utilisation d’engrais, ont permis de multiplier les rendements avec en prime une sécurité alimentaire qui a fait disparaître les famines pour une planète 7 fois plus peuplée qu’au 19 ème siècle (techniquement, celles qui perdurent sont dues à des guerres ou à un manque de développement).Ce qui n’est pas contradictoire avec une fuite en avant dans l’usage de ces technologies, perverties et utilisées de façon irraisonnée pour produire toujours plus jusqu’à épuiser les sols (on revient au point évoqué plus haut, la 1ère dynamique). Mais les techniques sont bien là pour se doter d’une agriculture raisonnée, une agriculture «écologiquement intensive », permettant de nourrir de 7 à 10 milliards d’être humains, comme aime à développer l’agronome Michel Griffon.

Pour résumer cette 2ème dynamique : la limite de la terre en 2018, ne sera pas celle de 2030, ou celle de 2050 : elle sera d’une tout autre nature en fonction des progrès techniques réalisés entre temps, des inventions, découvertes, qui nous feront repousser cette limite.

Quelle est entre ces 2 dynamiques celle qui prendra le dessus ?

Je pense qu’en l’état actuel, c’est la première dynamique. Dit autrement : on est vraiment face à un mur que le rythme du progrès seul aura du mal à nous faire franchir. Et la cause principale, c’est l’incapacité du capitalisme à intégrer dans un calendrier raisonné de développement, un plan, une planification, une gestion des ressources optimum, en intégrant une logique d’économie circulaire et des mesures d’efficacité énergétique notamment, qui serait autre chose que du « green washing ».

La cause n’est pas l’accroissement de la population et la sortie de la pauvreté, complètement légitime, d’une partie de l’Humanité, qui est en soi une bonne nouvelle (même s’il reste un milliard de personnes souffrant de la faim… mais le chiffre reste stable depuis des années alors que la population mondiale croît).

C’est en dépassant ce système, avec les technologies dont nous disposons déjà, et les travaux de recherche-développement actuels, sans oublier bien sûr la recherche fondamentale, avec des résultats imprévisibles qui peuvent rebattre complètement les cartes, qu’on peut résoudre la quadrature du cercle : accroissement démographique, développement des pays du « Sud », et durabilité dans la consommation des ressources naturelles et respect de l’environnement (notre cadre de vie). À condition de dépasser le capitalisme, c’est-à-dire de détourner sa formidable dynamique de création de richesse (Marx le reconnaissait lui même), sa capacité à s’appuyer sur la dynamique de progrès scientifique et technique, de le détourner et le transformer au plus profond, dans le sens de l’intérêt général et l’émancipation, ce qui suppose une intervention citoyenne et des pouvoirs à tous les niveaux, dans les entreprises, les institutions politiques, les lieux de décisions financières etc .

Donc quand on parle de cette date, il faut bien avoir ces deux dynamiques en tête, et comprendre que c’est une question avant tout politique, un rapport de force à construire incluant les outils du progrès scientifiques et techniques. Ou alors on risque de faire du Nicolas Hulot (il s’est précipité sur le sujet en tournant une vidéo) ou pire du « Pierre Rhabi », du constat imprécis, culpabilisant, qui stérilise les énergies et aspirations, renvoyant à l’unique champ de l’action individuelle ou d’une métaphysique de l’Homme un peu déplacée compte tenu des sujets bien concrets et sérieux mettant en jeu les conditions de vie de milliards de personnes, omettant complètement la question des pouvoirs, des décisions politiques, et avec un entonnoir visant à faire passer deux idées : le développement ça ne peut pas concerner toute la planète, il faut qu’une partie de la population accepte de rester pauvre. Et l’autre idée : un vague sentiment qu’on consomme trop en France et en Europe, qu’on est trop riches… et les tenants de la baisse des salaires, de l’insécurité sociale, ne voient pas cela d’un mauvais œil non plus.

—-
(*) Ce qui permet, au delà de la prise de conscience écologique, d’asseoir un peu plus la pression sur les peuples. C’est tout cela qui explique qu’elle a autant de succès à gauche forcément (écologie etc), mais à droite aussi, évidemment pas pour les même raisons. (Un peu d’ailleurs comme le phénomène Pierre Rhabi qui a séduit un arc politique large de la gauche à la droite, aujourd’hui enfin discrédité).

 
Amar BELLAL
rédacteur en chef de Progressistes

Nous y sommes bel et bien, donc. Si les pays dits du Sud continuent d’essuyer les événements les plus extrêmes – sécheresse, ouragans… – et de souffrir des plus lourdes conséquences – migrations, maladies, insécurité alimentaire… –, ceux dits du Nord ne sont officiellement plus épargnés. Avec à la clé, cette question renouvelée : dans quelle mesure peut-on encore agir ?

LE PIC D’ÉMISSIONS DE CO2 N’INTERVIENDRA PAS AVANT 2030

Inverser la tendance ? Plus personne n’y pense. L’année 2016 affichait déjà une moyenne des températures supérieure de 1,1 °C par rapport à celles enregistrées durant l’ère préindustrielle. Limiter les dégâts est en revanche possible, techniquement parlant, à défaut d’être gagné politiquement. « Circonscrire le réchauffement à + 2 °C d’ici la fin du siècle (comme s’y sont engagés les États via l’accord de Paris – NDLR) implique des efforts magistraux », insiste François-Marie Bréon, lui aussi climatologue au LSCE et coauteur du 5e rapport du Giec. « Les changements de société à entreprendre sont souvent sous-estimés », reprend le chercheur, qui ne masque pas son pessimisme. « Cela implique, par exemple, d’en finir avec le transport aérien de masse, et donc avec une activité touristique qui par ailleurs offre des débouchés économiques et sociaux… » Autre difficulté majeure, et pas la moindre : pour être efficace, l’action doit être mondiale. « Qu’un seul pays décide de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) ne sert à rien si les autres ne font pas de même. » Au reste, insiste encore le chercheur, « les actions ne bénéficient pas toujours à ceux qui les engagent ». Ainsi, ceux dits du Nord, nettement moins affectés par les bouleversements que ceux du Sud, freinent-ils des quatre fers, depuis bientôt trente ans, à assumer les efforts auxquels leur statut de plus gros pollueurs devrait les obliger.

En témoignent leurs promesses formulées en 2015 dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat. Huit études scientifiques les ont passées au crible. Leurs conclusions sont sans appel : à ce rythme, le pic d’émissions de GES n’interviendra pas avant 2030. Soit trop tard pour s’en tenir à la limite des 2 °C.

Tous foutus, donc ? Valérie Masson-Delmotte refuse de se laisser happer par un blues no futur. « Des décisions fortes peuvent être prises à tout moment, y compris après 2030 », insiste la climatologue. « Agriculture, transports, bâtiments… les secteurs dans lesquels nous disposons de leviers d’action sont nombreux. » Et la transition ne sera pas fatalement douloureuse. Les politiques climatiques peuvent engendrer des cobénéfices en matière de santé ou encore de souveraineté alimentaire, insiste-t-elle. « Réduire l’usage de la voiture aura, par exemple, un impact important sur la qualité de l’air… »

Reste qu’il faut désormais agir vite, prévient-elle. « Plus on tarde, plus on fait peser le fardeau sur les générations suivantes, et plus les mesures nécessaires seront coûteuses. » Voire risquées, quand, passé un certain niveau de concentration de CO2 dans l’atmosphère, des dispositifs de géo-ingénierie aujourd’hui contestés devront être envisagés. Le traitement, dès lors, pourrait s’avérer tout aussi délétère que le mal.

 

LIMITER LE RÉCHAUFFEMENT À 2 °C, VOIRE 1,5 °C, UNE CHIMÈRE ?

Limiter le réchauffement à 1,5 °C, Ce serait encore mieux que 2 °C… et beaucoup plus souhaitable pour nombre de populations. Ainsi, les petits États insulaires ont-ils toutes les chances d’être noyés du fait de la hausse du niveau des mers passée cette limite de hausse des températures globales. En 2015, lors de la COP21, les États se sont engagés à tenter de s’y tenir, non sans afficher leur scepticisme à y parvenir. Le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) a été missionné pour établir la faisabilité d’un tel objectif. Très attendu, son rapport sera rendu public en octobre prochain.

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