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JUSTICE DE CLASSE !

photo : Alerte France Brésil sur Facebook

Il Manifesto - édition du 2 septembre 2018

COUP D´ÉTAT SUPRÊME La justice de parti contre la démocratie.

À l´annonce du verdict, une chape de plomb s´est abattue sur la prison de la police fédérale de Curitiba où l'ancien président Lula est incarcéré. Sa candidature vient d´être invalidée par le TSE. Il ne pourra donc pas participer aux débats, ni être protagoniste direct dans les spots de propagande électorale, ni apparaître sur les affiches électorales.

Robert Livi

Édition du 02.09.2018 / Publié 1.9.2018, 23:59

Traduction française : collectif Alerte France Brésil

Lula vient d´être exclu des élections présidentielles brésiliennes du 7 octobre prochain.

La sentence du Tribunal Suprême Électoral – à six voix contre une – tombée vendredi soir, montre à quel point l´ex-président fait peur. Luiz Inacio Da Silva, le candidat le plus populaire - environ 38 % d´intentions de vote contre 18 % pour le second -, vient d´être écarté des prochaines élections présidentielles, car " condamné à 12 ans de prison en deuxième instance pour corruption et blanchiment d'argent ".

Comme les précédents, c´est encore un jugement très politique.

Un jugement qui dechoît Lula de son droit, pourtant confirmé il y a deux semaines par les Nations Unies, de pouvoir être candidat à la présidentielle jusqu'à décision de justice.

En effet, l´ancien président peut encore faire appel devant le Tribunal Supérieur de Justice de troisième instance ainsi que deux devant la Cour Suprême (quatrième instance).

Que les juges du Lava Jato (Nettoyage express) et les ministres du gouvernement putschiste, avec l´aide d´une magistrature très peu indépendante veulent, par peur, détruire politiquement Lula était clair depuis des mois. Depuis le mois d'avril dernier où l'ancien président avait été condamné en première instance sur les témoignages de certains "repentis" et sans preuves concrètes.

Une chape de plomb s´est abattue sur la prison de la police fédérale de Curitiba où l'ancien président Lula est incarcéré à l´annonce du verdict: Sa candidature vient d´être invalidée par le TSE. Il ne pourra donc pas participer aux débats, ni être protagoniste direct dans les spots de propagande électorale, ni apparaître sur les affiches électorales.

La hâte de Mme Rosa Weber, présidente du Tribunal Suprême Électoral avait pour but de suspendre la campagne électorale de Lula jusqu'au 17 septembre, date à laquelle le parti de l'ancien président, le Parti des Travailleurs (PT), ne pourra plus changer de candidat. Ni "transférer" les voix de Lula à son numéro deux, l'ex maire de São Paulo, Fernando Haddad (qui devrait concourir à la présidence avec la candidate du PC brésilien, Manuela D'Avila). Gagner du temps est essentiel pour le PT : En effet, Haddad ne parvient pas à fasciner les foules et aujourd'hui, seule une petite partie des électeurs potentiels de Lula se dit prête à voter pour l'ancien maire si Lula est exclu. Le TSE a donné dix jours au Parti des Travailleurs pour changer son candidat.

Le PT et Lula se trouvent donc face à un terrible dilemme. Hier, la télévision publique brésilienne - seule autorisée par la loi - a commencé à diffuser les propagandes électorales gratuites aux heures d'écoute maximale. Mais le candidat Lula ne pourra pas utiliser le temps qui lui revient. À moins de violer le verdict du TSE jusqu´à la décision du Tribunal Suprême de Justice, mais il risquerait ainsi de voir ses espaces de propagande et ses votes annulés. La direction du PT devra donc choisir entre deux alternatives, toutes les deux risquées : ou changer immédiatement - dès demain – de candidat et jeter tout son poids organisationnel sur le couple Haddad-D'Avila, ce qui affaibliraient les chances de Lula d´obtenir son recours devant le Tribunal Supérieur de Justice. Ou défendre jusqu'au bout la possibilité d'utiliser l'image de Lula - peut-être dans des spots enregistrés avant sa condamnation - pour "laisser le sprint final" à Haddad,mais agissant à la limite de la légalité et donnant une démonstration claire de faiblesse politique.

Entre l'état de droit, - l'application de la loi de « ficha limpa » (casier judiciaire vierge: les personnes condamnées en deuxième instance pour des infractions, comme la corruption , ne peuvent se présenter) - et la démocratie où le peuple a le droit de choisir son leader en l'absence de condamnation définitive, l´opposition est dramatique, et la droite ainsi que les pouvoirs forts (y compris internationaux) l´utilisent contre la gauche brésilienne depuis deux ans. Le 31 août 2016, Dilma Roussef, la présidente (du parti des travailleurs) a été destituée lors d´un coup d'état politique en demi teinte.

L'utilisation d'une justice contrôlée par les pouvoirs forts (soutenus par la Maison Blanche) ne se limite pas au Brésil. Il y a quelques jours, la magistrature de Bogota a refusé le droit de se constituer en parti politique au mouvement "Colombie humaine" qui avait soutenu aux présidentielles colombiennes le candidat progressiste Gustavo Petro (8 millions de voix) opposant au président élu de Droite Iván Duque. En Équateur, la bataille politique entre l'ex-Président Rafael Correa et l'actuel Lenín Moreno (qui, après l'élection, a changé sa ligne politique par rapport à son prédécesseur et mentor, au point de décider la sortie de l'Equateur de L'Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique). On a utilisé les magistrats, qui ont d´abord ordonné l'arrestation préventive de Correa pour corruption, puis on entre dans le conflit pour le leadership du potentiel parti d'opposition, Mouvement Nacional.

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