Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
pcf71-ducharolais.com

OUVRIER EN 2020 !

1 - L’emploi ouvrier laminé par les délocalisations industrielles par Gérard Le Puill O

1 - L’emploi ouvrier laminé par les délocalisations industrielles par Gérard Le Puill

Tandis que le chômage risque d’être en hausse durable d’ici la fin de l’année en cours et au-delà, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a publié, voilà quelques jours, une analyse de huit pages sur l’évolution de l’emploi des ouvriers en France, entre 1982 et 2019.

Les chiffres fournis par Virginie Forment et Joëlle Vidalenc de la division emploi dans ce document intitulé « Les ouvriers : des professions toujours largement masculines » sont utiles. Il y manque toutefois une analyse permettant de comprendre cette évolution. Sur près de quatre décennies, les délocalisations de productions depuis la France vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre ont été constantes. Mais, curieusement le mot « délocalisation » n’apparaît jamais dans cette étude sur l’évolution de l’emploi ouvrier dans notre pays.

On apprenait hier que la France comptait 4 149 300 chômeurs inscrits à Pôle emploi en catégorie A, c’est-à-dire sans la moindre activité. À ce chiffre s’ajoutaient 1 665 700 personnes inscrites en catégorie B et C, à savoir en activité réduite, donc en chômage partiel. Avec les suppressions d’emplois annoncées à partir de la rentrée de septembre un peu partout dans le pays, le pire est donc à craindre d’ici la fin de l’année et après.

Compte tenu de ce contexte, une étude de l’INSEE parue la semaine dernière mérite une analyse attentive. Le premier paragraphe de cette étude de l’INSEE est précédé de cet intertitre : « De moins en moins d’ouvriers depuis 1982 ». On apprend d’emblée qu’en 2019, « en France, 5,3 millions de personnes en emploi au sens du Bureau international du travail (BIT) sont ouvriers, soit 20 % de l’emploi total. Sur longue période, mis à part une stabilisation dans les années 1990, la part des ouvriers dans l’emploi a reculé de façon continue. En 1982, les ouvriers étaient 6,9 millions, soit 30 % de l’emploi total ».

L’étude indique, dans un autre intertitre, que « le repli concerne surtout les ouvriers non qualifiés de type industriel ». Or ces emplois, quand ils sont disparus en France, ont surtout fait l’objet de délocalisations, en Chine, en Inde, en Turquie, puis dans dix pays d’Europe centrale depuis que ces derniers sont entrés dans l’Union européenne à partir de 2004, puis de 2017.

Dans une note portant le numéro 1689 et publiée le 14 février 2018, l’INSEE indiquait déjà que l’industrie manufacturière en France avait perdu 27 300 établissements et 530 000 emplois salariés en France entre 2006 et 2015. Cette note citait le textile et l’habillement, le cuir, la métallurgie, le caoutchouc et le plastique parmi les secteurs les plus touchés par les pertes d’emploi ; constatant même qu’une « sévère baisse touche la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique ; celle-ci perd un cinquième de ses établissements employeurs entre 2006 et 2015 ». Pour la seule industrie du pneu en France, l’INSEE faisait état de 11 700 emplois supprimés entre ces deux dates.

« Personne ne peut sauver vos emplois » disait Macron devant Whirlpool

On se souvient aussi qu’entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017, le candidat Macron, qualifié pour le second tour face à Marine Le Pen, avait couru dernière sa rivale pour s’exprimer devant les salariés de Whirlpool à Amiens, en lutte contre la délocalisation en Pologne des « sèche-linge » produits jusque-là dans leur usine. Il leur avait tenu ces propos : « Je ne suis pas en train de vous dire que je vais sauver vos emplois, parce que personne ne peut le faire. Je serai là pour protéger un plan social qui défend vos intérêts », avait-il ajouté. Une promesse non tenue puisque le repreneur trouvé par Macron pour réindustrialiser le site, a consommé les fonds publics qui lui furent alloués pendant près de trois ans sans parvenir à lancer la moindre production !

Pour revenir à l’étude que vient de publier l’INSEE, il nous est dit que, « les ouvriers qualifiés de type artisanal sont les plus nombreux en 2019 (25 %). Ils travaillent dans des environnements très diversifiés, rarement en usine. Ils sont maçons, agents d’entretien et de maintenance des bâtiments, cuisiniers et commis de cuisine, bouchers artisanaux salariés, mécaniciens de garages automobiles, jardiniers… Depuis 1982, leur part au sein des ouvriers a augmenté de 7 points ».

L’étude précise que parallèlement la part des ouvriers qualifiés de type industriel comme les fraiseurs, chaudronniers et conducteurs de lignes de fabrication est de 20 %, en recul de deux points depuis 1982.

Fort recul de l’emploi ouvrier sur les chaînes de production

L’étude de l’INSEE en vient ensuite aux principales victimes de la désindustrialisation du pays, sans toutefois dire les choses clairement.

On apprend qu’en 2019, « les ouvriers non qualifiés de type industriel représentent 16 % des ouvriers. Leur part a fortement reculé depuis 1982 (-12 points), notamment dans l’industrie manufacturière. Aujourd’hui, cette profession occupe principalement des professions du transport et de la logistique (conditionneurs, manutentionnaires, préparateurs de commandes) ainsi que des manœuvres des travaux publics ».

D’autres paragraphes de cette note évoquent les ouvriers non qualifiés de type artisanal intégrant les hommes et surtout les femmes de ménage qui compteraient aujourd’hui pour 14 % des ouvriers, comme en 1982. Puis viennent les chauffeurs divers et variés qui représenteraient en 2019 environ 12 % des ouvriers en activité, contre 7 % en 1982. Viennent enfin les magasiniers qui comptent pour 8 % des ouvriers en 2019 contre 7 % en 1982 et les ouvriers agricoles et les ouvriers pêcheurs qui compteraient pour 5 % comme en 1982.

Les hommes sont plombiers et les femmes au nettoyage

Cette étude nous dit encore que certaines professions ouvrières demeurent très masculines. Globalement, 80 % des ouvriers sont des hommes et cette proportion atteint 91 % chez les chauffeurs et même 97 % chez les routiers salariés, 99 % chez les plombiers du bâtiment comme chez les électriciens qualifiés.

La part des femmes se lève à 67 % dans les métiers du nettoyage, 40 % dans ceux de l’expédition, 31 % dans l’emballage et dans le tri des déchets.

Si 39 % des ouvriers et ouvrières n’ont aucun diplôme en 2019, ils sont aussi 30 % à être titulaires du baccalauréat et 41 % à disposer d’un CAP ou d’un BEP.

Finalement, l’analyse de ces chiffres permet de conclure que de plus en plus d’emplois d’ouvriers et d’ouvrières en France ne sont plus dans la chaîne de production des biens matériels sur le territoire national. On les trouve surtout dans le processus de mise en marché et d’acheminement des commandes, tandis qu’une partie croissante de la production industrielle, voire agricole, a été transférée dans des pays à bas coûts de main-d’œuvre.

Alors que le déficit de notre commerce extérieur se creuse un peu plus chaque année depuis deux décennies, on imagine facilement que la récession économique induite par la pandémie de la Covid-19 va encore compliquer la situation de notre pays.

Elle va mettre en exergue la fragilité économique d’un pays où les grands patrons ont considérablement affaibli l’économie du pays pour faire croître les profits. Nous y consacrerons demain un autre article.

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article