DECALAGE D'UN TRIMESTRE , N'EST PAS ABROGATION !
Qui a voté quoi ?
L'Assemblée nationale a approuvé la suspension de la réforme des retraites proposée par le gouvernement, dans le cadre de l'examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. A l'issue du débat dans l'hémicycle, les députés se sont prononcés en faveur de cette suspension par 255 voix "pour", 146 voix "contre", et 104 abstentions (détail du scrutin ci-dessous).
- Macronistes : 3 "pour", 5 "contre", 67 abstentions ;
- Les Démocrates : 11 "pour", 1 "contre", 18 abstentions;
- Horizons : 29 "contre", 1 abstention ;
- Droite républicaine : 8 "pour", 25 "contre", 9 abstentions.
- Rassemblement national : 112 "pour" ;
- La France insoumise : 60 "contre" ;
- Socialistes : 67 "pour" ;
- Ecologiste et social : 30 "pour", 4 abstentions ;
- Gauche démocrate et républicaine : 1 "pour", 11 "contre" ;
- LIOT : 17 "pour", 3 abstentions ;
- Union des droites pour la République : 14 "contre".
Après un long débat, les députés ont approuvé un décalage de la réforme des retraites. Le PS et les écologistes ont voté pour, contrairement aux insoumis et communistes.
La gauche parlementaire n’a pas offert son visage le plus uni, au moment de voter la « suspension » de la réforme des retraites – principal objet justifiant la non-censure du gouvernement Lecornu par le PS. Les socialistes ont voté pour, accompagné de la grande majorité des députés du groupe Ecologiste et social, malgré trois abstentions.
Le groupe France insoumise, le plus nombreux, et le groupe GDR, avec les communistes, ont voté contre – moins un pour. Au final, l’article a bien été approuvé en première lecture par l’Assemblée nationale par 255 voix pour contre 146.
L’hémicycle était rempli dès le début de l’après-midi. Aussi, une grande partie des présidents de groupes se sont fendus d’une prise de parole en introduction des débats sur l’article 45 bis, celui ajouté par la fameuse lettre rectificative du gouvernement concernant le décalage de la réforme Borne. Il a fallu plus de deux heures pour arriver au bout du débat sur l’article. Deux heures qui, souvent, ont ressemblé à une explication de texte pas toujours cordiale entre groupes de gauche.
Quand le groupe socialiste défend une « suspension » qui représente un gain pour 3,5 millions de personnes qui pourront partir plus tôt à la retraite, le chef de file des communiste, Stéphane Peu, voit « un décalage », c’est-à-dire à ses yeux « une entourloupe ». « Pour toutes les générations nées en 1969 et après, nous avalisons un départ à 64 ans, dénonce le député PCF Nicolas Sansu. C’est quelque chose d’antinomique avec le Nouveau Front populaire, on ne peut pas accepter cela. »
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, voulait voir la copie réécrite, avec le retrait de la mention des 64 ans, en vain.
Les socialistes se renient ...
La socialiste Sandrine Runel a de son côté observé que l’article gèle aussi le nombre de trimestres nécessaires pour partir à taux plein (170) et que l’amendement du gouvernement « comble les trous dans la raquette » de la lettre rectificative, notamment sur les carrières longues. Il s’agit là d’une « première étape », concède toutefois l’élue, en vue d’une abrogation de la réforme Borne après la prochaine présidentielle.
Déjà tendue, l’ambiance entre les groupes de gauche s’est clairement envenimée au moment d’aborder le financement de la mesure. Si « vous faites 2 milliards d’euros d’économies en sous indexant les pensions de retraite pendant quatre ans, alors oui personne n’y gagnera ! », a lancé Manuel Bompard. Le socialiste Jérôme Guedj a rétorqué : « Jamais je n’aurai pensé voir quelqu’un à gauche pouvoir invoquer des arguments sur le financement ou sur tel détail technique pour voter contre une avancée sociale ! »
Le gouvernement boit du petit lait
Les élus du groupe écologistes – que l’amendement du gouvernement a fait basculer du côté des pour – ont bien tenté de ménager la chèvre et le chou : « Nous prenons, mais je le dis aussi nous ne faisons pas passer ces miettes pour un festin », a estimé François Ruffin. Il est clair que les déchirements de la gauche ont rendu plus douce l’après-midi du gouvernement qui a constaté que les députés élus-es sous la bannière du Nouveau Front populaire étaient divisés-es sur la marche à adopter.
Les députés de gauche n’ont pas été les seuls à être tiraillés. Si le RN a voté pour la suspension, son allié ciottiste a voté contre, comme Horizons et une majorité de LR (8 pour et 9 abstentions). Le Modem et Renaissance se sont largement abstenus. Gabriel Attal ne s’est pas caché en prenant la parole pour assumer le choix « pas fait de gaieté de cœur, mais avec lucidité » de son groupe. « Cette suspension n’est pas une bonne nouvelle pour l’économie française et pour le budget de la France. Mais nous ne voulons pas nous mettre en travers du compromis qui a été souhaité par le Premier ministre avec le groupe socialiste. »
Le PLFSS (qui n’a pas pu être examiné dans son intégralité vus les délais que le gouvernement a choisi de suivre), doit désormais partir au Sénat, où la majorité de droite se fera un plaisir de décortiquer le travail des députés. Reste à savoir si la copie finale rassemblera ou non les députés de gauche, s’ils parviendront à améliorer le texte, ou bien s’ils s’entendront sur une censure pour le bloquer.
Laurent Brun satisfait du vote des députés communistes....
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