Un an avant la présidentielle, le BRÛLOT de trois auteurs libéraux prône de nouvelles « réformes » du CODE DU TRAVAIL

par Pcf du Charolais (71)

Les syndicats, un contre-pouvoir à abattre pour les libéraux

Un brûlot coécrit par le président du Conseil d’orientation des retraites, Gilbert Cette, et deux autres auteurs prône de nouvelles « réformes» du travail. Parmi les pistes, la restriction des libertés syndicales et du droit de grève.

En cette fin janvier, les syndicats font face à une double lame de fond. D’un côté, deux propositions de loi (PPL), l’une visant à autoriser le travail le 1er-Mai pour 1,5 million de salariés et l’autre à restreindre le droit de grève dans les transports, étaient déposées dans la niche des députés LR le 22 janvier, avec le soutien de l’extrême droite et des macronistes. Faute de temps, ces textes adoptés par le Sénat n’ont pu être débattus par l’Assemblée.

De l’autre côté, la sortie d’un livre explosif, Sauver la démocratie sociale (Calmann-Lévy), dont les propositions visent à priver les syndicats de leur rôle de contre-pouvoir. Ses trois auteurs, l’économiste Gibert Cette, le sociologue Guy Groux et l’éditeur Richard Robert, ancien responsable de la revue Cadres de la CFDT, entendent notamment interdire aux centrales le droit d’appeler à des mobilisations nationales contre une réforme durant les débats parlementaires.

L’interdiction du droit de grève contre une réforme

« Que les syndicats donnent leur avis sur une réforme, comme celle des retraites, bien sûr. Mais qu’ils appellent à des arrêts de travail alors que celle-ci est discutée par des élus de la nation, cela me semble anormal, assume Gilbert Cette auprès de l’Humanité. Ce n’est pas leur rôle, dans la mesure où, contrairement aux parlementaires, leurs responsables n’ont pas été élus par l’ensemble des électeurs. » L’interdiction de la grève, un droit pourtant garanti par la Constitution, s’étendrait aux entreprises ou branches professionnelles lors de négociations collectives comme celle sur les salaires, selon les auteurs.

Plus de 1 000 cégétistes inquiétés

Cette provocation est à replacer dans son contexte. D’abord, les confédérations syndicales ont repris du crédit auprès des salariés depuis le mouvement social de 2023, et se sont imposées dans le débat politique. Preuve en est, malgré le passage en force de la réforme des retraites au Parlement, le décalage de son application, ou encore les garanties obtenues par la CGT pour participer à la conférence sociale sur le travail, pilotée par le ministre Jean-Pierre Farandou.

Surtout, ces propositions sont dévoilées à moins de dix-huit mois de l’élection présidentielle. Or Gilbert Cette n’est pas un quidam. Proche d’Emmanuel Macron, l’économiste a été nommé président du Conseil d’orientation des retraites (COR), en octobre 2023, après que son prédécesseur, Pierre-Louis Bras, a pris ses distances avec la réforme Borne.« La République a donné mandat à Gilbert Cette pour veiller à la pérennité des retraites par répartition. Ce monsieur doit s’en tenir à son devoir et ne pas faire des propositions de recul social sur tous les sujets », rétorque Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, lors d’un colloque au Sénat sur les droits syndicaux, samedi 24 janvier, organisé par le groupe communiste.

« La stratégie visant à mettre au pas les syndicats est manifeste, avec, au fond, le vieux rêve de cantonner le syndicalisme au dialogue social », observe le sénateur PCF Pierre Barros. Car, depuis le mouvement social de 2023, l’activité syndicale est encore plus ciblée par la répression. Plus de 1 000 cégétistes font face à des procédures disciplinaires ou judiciaires. La sanction pour activité syndicale touche également la direction de la confédération. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a été mise en examen pour avoir critiqué le comportement et la responsabilité des grands patrons dans la casse industrielle.

Face à l’urgence, un meeting est d’ailleurs organisé par la CGT, le 4 février, à son siège de Montreuil (Seine-Saint-Denis). « On constate de plus en plus d’attaques contre nos délégués syndicaux et même de tentatives de licenciement. C’est assez remarquable d’observer comment le patronat est désormais décomplexé », confirme Patricia Drevon, secrétaire confédérale de Force ouvrière.

La représentativité de la troisième confédération syndicale est également dans le viseur de Gilbert Cette :« Nous sommes le pays de l’OCDE dans lequel il y a le plus de syndicats. Cela se traduit par un émiettement syndical. Dans le même temps, nous sommes l’un des pays avec une faible syndicalisation. Cela aboutit à des postures contestataires, et non à la recherche de bons compromis. »

Plutôt que de laisser le soin aux centrales de clarifier le champ syndical, comme avec le processus en cours de rapprochement entre la CGT et la FSU, le proche d’Emmanuel Macron plaide pour le rehaussement du seuil de représentativité nationale à 12 ou 15 %, contre 8 % des voix actuellement à l’agrégation des résultats des élections professionnelles qui donne la mesure de l’audience syndicale. Cela pourrait être fatal à la CFTC (9,58 %), à la CFE-CGC (12,95 %) et à FO (14,91 %).« Est-ce que je lui fais peur ? La CFE-CGC est la seule organisation en progression constante, tance le président du syndicat, François Hommeril, auprès de l’Humanité. Comme Donald Trump, Gilbert Cette est une marque de notre époque. Après son doctorat, il est allé travailler dans une banque. Que connaît-il au dialogue social ? » Pas en reste, Patricia Drevon, de FO, dénonce une « provocation ».

Ces attaques sont à replacer dans une série de mesures visant à affaiblir le syndicalisme. Le cégétiste Thomas Vacheron liste« l’effet cumulatif »de trois réformes : la modification, en 2008, du calcul de la représentativité qui donnait de la respiration démocratique en entreprise ; la suppression des élections prud’homales en 2014, seul scrutin syndical national ; ainsi que l’affaiblissement et la fusion des instances représentatives du personnel, avec les ordonnances Macron de 2017.« Les syndicats sont en concurrence dans les entreprises au lieu de travailler à des revendications communes, et affaiblis face aux pouvoirs patronaux », insiste le secrétaire confédéral.

De son côté, le sociologue Karel Yon évoque « une vision instrumentalisée de la démocratie sociale, qui correspond à une lecture économique du droit du travail ». Ainsi, selon le chercheur,« le syndicalisme serait cantonné à une vision d’accompagnement des stratégies de compétitivité économique ».

Les auteurs du livre entendent inscrire dans la loi une différence nette entre les partis et les syndicats. La CGT ?« Elle recommence à parler de la lutte des classes », s’offusquent-ils. Quant à la CFDT, elle« avance comme seule réponse aux difficultés des finances publiques, en particulier des dépenses sociales, de “taxer les riches” », peut-on lire. C’est donc bien le droit des syndicats de penser une autre société et d’avancer des propositions de progrès social qui est contesté.

Monétisation des congés, désindexation du SMIC...

D’ailleurs, les auteurs dénoncent aussi le front commun des centrales contre le budget Bayrou d’austérité et ses 44 milliards de coupes initialement prévus.« L’émiettement syndical aboutit à une radicalisation de l’expression. (…) Rappelons-nous le “musée des horreurs” de Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, à propos du plan Bayrou à l’été 2025. Ou de Denis Gravouil, secrétaire confédéral CGT, qualifiant ce même plan de “budget d’austérité” », écrivent-ils.

S’agissant du projet de monétisation de la cinquième semaine de congés payés,« la réaction des syndicats a été de le refuser par principe, alors que des salariés très contraints financièrement auraient pu le souhaiter et que des entreprises en manque de main-d’œuvre auraient pu être d’accord. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats acceptent la mesure, à condition que cela se fasse dans le cadre d’un accord collectif », précise auprès de l’Humanité Gilbert Cette, reléguant ainsi le syndicalisme dans un rôle d’accompagnement du néolibéralisme.

Ancien président du groupe d’experts sur le SMIC, l’économiste veut aussi revenir sur l’indexation du salaire minimum sur l’inflation, en lui substituant « une indexation automatique sur la moyenne des évolutions des minima salariaux d’un panel de branches représentatives ». Autant de mesures visant à parachever les ordonnances Macron de 2017. « Le travail a été fait à moitié », assumait Gilbert Cette, le 20 janvier, dans l’Opinion.

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