Finances locales : qu’en disent les partis?
 

Si l’on écarte les tenants de la baisse ou de la suppression de tel ou tel impôt local, il faut admettre qu’il existe peu de propositions en matière de finances locales tant le sujet est sensible. Au printemps 2025, François Rebsamen, alors ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, avait proposé d’instaurer une “contribution locale” des particuliers d’un montant symbolique pour aider à financer les services publics des communes. Celle-ci a été rapidement mise de côté face aux réactions des partis soutenant le gouvernement auquel il appartenait.
 

Du côté de LR, le mot d’ordre est simple : baisser les impôts, quels qu’ils soient, ce qui revient à affaiblir un peu plus l’action publique. Le RN est sur la même ligne. Ces mouvements ont donc en commun d’une part, de refuser une réforme de la fiscalité locale visant à introduire plus de justice fiscale permettant de favoriser l’action publique locale et d’autre part, d’affaiblir celle-ci. Ceci ne peut conduire qu’à des privatisations de services publics locaux. Et ça n’est pas le fait de stopper la baisse de la CVAE, une mesure proposée par Sébastien Lecornu pour le budget 2026, qui peut suffire à inverser la tendance.
 

À gauche, les propositions sont différentes, quoique timides. Le Parti Socialiste dénonce la baisse des impôts locaux des entreprises et plaide pour une relance de la décentralisation17. Les Écologistes proposent une Conférence nationale sur l’autonomie financière et les marges de manoeuvre des collectivités locales visant également à renforcer les mécanismes de péréquation18. Au sein de LFI, on réclame une révision de la taxe foncière sur les propriétés bâties afin de la rendre plus juste19. Le PCF propose pour sa part de redonner des marges de manoeuvre aux collectivités territoriales en autorisant celles-ci à bénéficier de fonds d’avance de la part de la Caisse des dépôts et des consignations20.
 

Si ces propositions restent très partielles et marquées par une réelle prudence, elles ont néanmoins en commun de dénoncer les baisses des impôts des entreprises et de chercher à donner davantage de moyens aux collectivités locales pour mieux financer l’action publique locale.

 

Finances locales : qu’en disent les institutions ?
 

La Cour des comptes propose plusieurs pistes d’évolution parmi lesquelles une modernisation des impôts fonciers locaux21. En effet, si une révision des bases aboutirait à des transferts de charges significatifs entre contribuables (il y aurait des gagnants mais aussi des perdants), dans un souci d’équité, pour les habitations comme pour les locaux professionnels, elle appelle à y procéder « sans attendre ». La Cour prône également une répartition plus équitable des ressources et dotations transférées par l’État, sur la base de données contemporaines, notamment de population.
 

Bien évidemment, la Cour ne serait pas la Cour si elle ne préconisait pas une « maîtrise accrue des dépenses » : elle estime que des économies sont possibles dans les effectifs ou encore dans la généralisation de bonnes pratiques d’achats, avec la mutualisation des circuits d’achats entre collectivités afin de générer des économies d’échelle.
 

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) se dit pour sa part favorable à une clarification du financement des collectivités locales sur la base d’un système plus juste et, pour y parvenir, propose des États généraux de la fiscalité locale22. Le CESE préconise également l’organisation de « Conférences citoyennes triennales sur le budget » de chaque collectivité chargée de lever l’impôt. Celles-ci auraient pour objectif d’informer les habitant·es, entreprises, syndicats, associations, de les faire participer à la réflexion et de s’exprimer sur les grandes hypothèses d’orientation présentées par la collectivité concernée

 

Conclusion : Pour une réforme sociale et écologique des finances locales
 

Une rénovation des finances locales et, en priorité, de la fiscalité locale, est indispensable pour renforcer les services publics locaux et permettre aux collectivités de faire les investissements nécessaires pour la bifurcation écologique et sociale, simplifier l’organisation des finances publiques, retisser le lien entre le contribuable et l’action publique locale, mais également pour redonner des marges de manoeuvre à l’État.
 

Plusieurs principes doivent guider cette réorganisation des finances locales. Celle-ci doit permettre :


• de relancer l’activité (économique, sociale, sportive, culturelle) des communes les plus fragiles et exposées à la baisse de leurs populations et de leurs recettes. Outre une meilleure prise en charge des besoins locaux, ce mouvement de relocalisation de l’activité aurait également un impact sur l’emploi et la baisse du chômage dans les collectivités les plus fragiles ;


• de donner de la visibilité au contribuable sur les sources de financement des collectivités locales et sur les objectifs des finances locales (“à quoi servent les impôts locaux”) : financer les services publics, investir (en donnant une priorité à la bifurcation sociale et écologique), réduire les inégalités entre territoires… ;


• de favoriser un aménagement du territoire respectueux de l’environnement, ce qui suppose par exemple de repenser l’organisation du travail, de favoriser la mobilité par les transports collectifs et de lutter contre la concentration d’une partie croissante de la population dans des grandes zones urbaine qui s’étendent ;


• de réduire la contribution globale de l’État dans les finances locales et, simultanément, de reconnecter les contributions des habitant·es et entreprises aux collectivités et à leurs exécutifs locaux, en veillant à neutraliser la concurrence fiscale qui profite déjà aux territoires, villes et métropoles les plus riches. Les dotations de l’État retrouveraient leur rôle premier : soutenir, corriger les inégalités et orienter l’action publique ;


• de veiller à ce que les collectivités locales aient les moyens d’évaluer leur actif (bâtiments, terrains, etc) sans qu’il soit artificiellement gonflé par des actifs toxiques (c’est-à-dire par des placements financiers volatiles dont la valeur peut s’effondrer, au détriment des finances locales). Cela permettrait aux collectivités d’avoir une meilleure connaissance de leur patrimoine et donc de leur situation financière.
 

La politique budgétaire et fiscale ne suffira pas à elle seule à atteindre ces objectifs. Elle peut toutefois largement y contribuer. De manière générale, une réforme de la fiscalité locale devrait s’intégrer dans une réforme fiscale globale permettant de répartir les recettes fiscales entre l’État et les collectivités locales.

 

Plusieurs mesures s’imposent de toute urgence :


• Mettre fin aux baisses et suppressions d’impôts locaux, notamment pour les entreprises.


• Réviser les bases obsolètes de la taxe foncière et mettre en débat une taxe d’habitation rénovée pour une fiscalité locale progressive qui ne pénalise pas les ménages modestes.


• Repenser les mécanismes de péréquation pour allouer des ressources en priorité aux collectivités qui en ont le plus besoin et pour réorienter utilement l’investissement public vers la bifurcation écologique et sociale.
 

Ces propositions constituent un premier pas dans le sens d’une réforme fiscale globale pour une action publique sociale et écologique. Ces mesures doivent s’accompagner d’une plus grande transparence sur la gestion publique locale et d’une amélioration du contrôle démocratique de la dépense publique. Ce sont des conditions nécessaires pour une reprise en main citoyenne des finances publiques, et pour la mise en oeuvre d’une véritable bifurcation écologique et sociale à l’échelle des territoires.

 

 

 

Notes


1. Le bloc communal regroupe les communes, les groupements à fiscalité propre (communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines et métropoles), les établissements publics territoriaux, la Métropole du Grand Paris et la Métropole de Lyon.


2. Les impôts de production recouvrent plusieurs contributions : la cotisation foncière des entreprises (CFE), la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), la taxe foncière due par les entreprises et certains impôts comme la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) ou encore la taxe sur les surfaces commerciales.
 

3. Source: Observatoire des finances locales du Ministère de l’économie et des finances.
 

4. Initialement programmée pour 2027, la fin de la CVAE est désormais prévue pour 2030.
 

5. Vers une suppression injuste et préoccupante de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, Observatoire de la justice fiscale, 12 septembre 2022.
 

6. Rapport IPP, “La baisse des impôts de production: ciblage et évaluation”, N°60, octobre 2025.
 

7. Hors mesures exceptionnelles mais avec 5 milliards d’euros de TVA transférés aux régions.
 

8. Site budget.gouv.fr, “Panorama des finances publiques, Administrations publiques locales”.
 

9. Le taux d’épargne brute est déterminé par le rapport entre l’épargne brute d’une collectivité et ses recettes réelles de fonctionnement. L’épargne brute constitue la ressource interne dont dispose la collectivité pour financer ses investissements de l’exercice.
 

10. Voir la carte interactive sur la durée d’accès aux services publics, mise à disposition par le Collectif Nos Services Publics.
 

11. La révision constitutionnelle du 28 mars 2003 a érigé la péréquation en objectif de valeur constitutionnelle : «La loi prévoit des dispositifs de péréquation destinés à favoriser l’égalité entre les collectivités territoriales» (article 72-2 de la Constitution).
 

12. Défini à l’article L 2334-4 du Code général des collectivités locales.
 

13. Rapport de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale sur les fractures territoriales et la péréquation du 28 mai 2025.
 

14. Note « Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique », Attac France, octobre 2022.
 

15. Ibid.
 

16. En 2023, l’investissement des administrations publiques locales représente 53% de l’investissement public en France. Source : Pré-rapport de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales « Les finances des collectivités locales, édition 2024. »
 

17. Communiqué du 18 novembre 2025, “107 Congrès des Maires : le Parti socialiste apporte son soutien aux élus locaux et dénonce l’asphyxie budgétaire prévue au projet de loi de finances pour 2026”.
 

18. Projet de résolution appelant à l’organisation d’une conférence nationale sur l’autonomie financière et les marges de manoeuvre fiscales des collectivités territoriales, déposée le 6 mars 2025 à l’Assemblée nationale.
 

19. Amendement 1:2024 de LFI au projet de loi de finances 2026 du 22 octobre 2025.
 

20. Résolution du CN du PCF du 22 novembre 2025, “Communes en danger, services publics menacés, en 2026, mobilisons-nous pour la solidarité !”
 

21. Communication de la Cour des comptes à la commission des finances de l’Assemblée nationale, « L’évolution de la répartition des impôts locaux et ménages et entreprises et (dé)territorialisation de l’impôt », janvier 2025.
 

22. Avis du Conseil économique, social et environnemental, « Pour une réforme globale de la fiscalité locale », avril 2018.