IRAN VERS LA GUERRE TOTALE AU MOYEN ORIENT !

par Pcf du Charolais (71)

Bombardier stratégique B-52h Stratofortress lors d'une opération dite de « carpet bombing » (bombardement de saturation massif)

Menaces d’anéantissement de l'Iran, concentration des forces américaines, intervention au sol, détroit d’Ormuz sous pression et marchés affolés. La guerre contre l’Iran s’oriente vers une escalade majeure. Une fuite en avant qui pourrait déclencher un séisme économique et stratégique mondial.

La guerre en Iran est en train de franchir un seuil. Depuis plusieurs jours, tous les signaux convergent vers une escalade majeure, possiblement décisive, qui pourrait faire entrer le conflit dans une phase d’une violence sans précédent depuis les guerres du Golfe. Les mouvements militaires américains, les déclarations contradictoires de la Maison Blanche, la poursuite des frappes iraniennes et la déstabilisation rapide des marchés de l’énergie dessinent un scénario inquiétant, celui d’une fuite en avant stratégique dont personne ne maîtrise réellement les conséquences, mais sur laquelle Donald Trump va lancé les dés en espérant toucher le jackpot politique.


Une concentration de forces qui ne correspond plus à une opération limitée
Les États-Unis sont en train de concentrer dans la région un volume de moyens qui dépasse largement le cadre d’une simple campagne de représailles. Des détachements supplémentaires de Marines ont été envoyés dans le Golfe, tandis que des éléments de la 82e Airborne Division, de la 173e Airborne, du 75e Ranger Régiment ont été placés en alerte avancée et redéployés vers des bases au Proche-Orient, officiellement pour des missions de sécurisation et de protection d’installations américaines. Des unités aériennes supplémentaires, des missiles, des anti-missiles, ont également été transférées depuis l’Asie vers les bases du Golfe, notamment des avions de combat et des moyens de ravitaillement, signe que Washington se prépare à soutenir un rythme de frappes très élevé.

Dans les prochains jours, on peu s'attendre au déclanchement d'une phase de bombardements et de tirs de missiles massifs pendant 72 heures ou 96 heures, avant le lancement d'une opération au sol, sur les côtes et îles du Détroit d'Ormuz, et/ou sur les côtes du Baloutchistan.

Parallèlement, plusieurs systèmes de défense antimissile et des batteries Patriot et THAAD ont été redéployés depuis l’Asie orientale vers la zone du conflit, au détriment du dispositif américain face à la Chine et à la Corée du Nord. Dans le même temps, les livraisons d’armements à l’Ukraine sont quasiment à l'arrêt, certains équipements étant désormais prioritaires pour les forces américaines au Moyen-Orient, y compris des systèmes d'armes de combat d'infanterie. Des responsables militaires occidentaux reconnaissent en privé que les stocks sont sous tension, notamment pour les missiles, les munitions guidées et les systèmes de défense aérienne, mais malgré cela, la présente concentration de moyen militaires dans le Golfe permettra une intensification substantielle des frappes américaines sur l'Iran.

Cette redistribution des moyens confirme que Washington se prépare à une opération de grande ampleur que Donald Trump imagine très certainement définitive et... courte. Dans les milieux stratégiques américains, l’hypothèse d’un bombardement massif sur plusieurs jours, destiné à désorganiser l’État iranien et à briser la capacité de résistance du pays, n’est plus taboue.


Trump pris dans l’engrenage de la guerre
La situation politique américaine ajoute à l’incertitude. Donald Trump avait pourtant fait campagne en promettant explicitement d’éviter une guerre avec l’Iran. Mais depuis le début du conflit, ses déclarations oscillent entre annonces de victoire imminente et menaces d’escalade totale. Un jour, la Maison Blanche affirme que l’Iran est sur le point de céder ; le lendemain, elle demande l’aide des alliés pour rouvrir le détroit d’Ormuz, reconnaissant implicitement que la situation échappe au contrôle américain.

Pendant la dernière campagne campagne présidentielle aux Etats-Unis, Donald Trump assurait qu’un président incapable de négocier finirait par déclencher une guerre avec l’Iran. En 2012, il écrivait même : « Remember what I said about Barack Obama attacking Iran before the election… I hope the Iranians are not so stupid to let it happen. ou Obama will start a war with Iran because he has no ability to negotiate. », accusant Barack Obama de vouloir attaquer Téhéran pour des raisons politiques. Aujourd’hui, c’est lui qui se retrouve engagé dans l’escalade qu’il dénonçait.

Le président américain a même menacé certains pays de l’OTAN de conséquences politiques s’ils ne s’engageaient pas plus clairement aux côtés des États-Unis (« Je m'en souviendrai »), tout en évoquant la possibilité de détruire totalement les capacités de l’Iran, allant jusqu’à parler de l’anéantissement d’un pays qui est aussi l’une des plus anciennes civilisations du monde soit dit en passant. L'idée renvoie à sa publication l'année dernière de l'horrible chanson des Vince Vance & the Valiants de 1980, Bomb Iran.

Les ultimatums se succèdent et se contredisent. Washington a exigé la réouverture du détroit d’Ormuz sous quarante-huit heures, avant de donner finalement cinq jours supplémentaires pour des négociations que les autorités iraniennes affirment ne jamais avoir même entamées. La Maison Blanche a ensuite évoqué un plan de paix en quinze points, qui ressemble davantage à une demande de capitulation qu’à une proposition de compromis.

Face à ces hésitations, Téhéran affiche au contraire une ligne dure. Le pouvoir iranien, désormais largement dominé par les Gardiens de la révolution qui gèrent de manière opérationnelle l'Iran en guerre, affirme ne pas vouloir de cessez-le-feu et se dit prêt à poursuivre la guerre aussi longtemps que nécessaire. Surtout, l’Iran, qui ne s'est pas effondré, conserve une capacité d’escalade importante et réelle, en particulier dans le domaine des frappes asymétriques contre les infrastructures énergétiques et le transport maritime. Les Iraniens se sont préparé pendant des décennies à cette guerre qu'ils ont tenté d'éviter par tous les moyens, maintenant qu'elle est engagée, ils déroulent un plan clair, coordonné et profondément pensé.

On oublie que le jeu d'échec a été inventé entre l'Inde et Iran, que le terme « les échecs » est dérivé du mot « roi » en perse : « shāh ». L’expression « échec et mat » [شاه مات (shāh māt)] vient du persan et signifie « le roi est sans défense / immobilisé » qu'il faut comprendre en fait comme... « le roi est sans issue ». Or, c'est très exactement la situation de Donald Trump qui, en déclenchant cette guerre – sûrement mal informé sur l'état réel de l'Iran et ses capacités militaires, sûrement mu par un hubris occidental de supériorité, peut-être manipulé, et en fait très certainement des trois – a mis la main dans un engrenage qui l'a placé dans une impasse stratégique : « shāh māt ».

La stratégie iranienne : frapper l’économie mondiale
Depuis le début du conflit, la stratégie iranienne ne consiste pas à affronter directement la puissance américaine, même si des coups dévastateurs ont été portés sur les bases miliaires américaines dans les pays du Golfe, mais à attaquer les points faibles de l’économie mondialisée. Les Iraniens savent qu'une guerre sur le plan militaire stricte n'est pas gagnable contre la puissance américaine, mais aussi que celle-ci ne peut pas supporter une déstabilisation forte et durable de l'économie mondiale. Or, l'Iran peut saborder l'économie mondiale bien avant que d'être détruite ; dès lors, la stratégie était posée et les combattants iraniens s'y tiennent. Le détroit d’Ormuz reste sous pression permanente, les assurances maritimes explosent ou les assureurs refusent d'assurer, plusieurs terminaux pétroliers du Golfe ont été touchés, le commerce international commence à être sérieusement perturbé, plusieurs pays font face à des pénuries d'essence et/ou de gaz dont ils ne savent comme se sortir. La production de micro-processeurs et de semi-conducteurs, en particulier à Taïwan est à risque et avec elle des pans entiers de l'économie. Et encore, ce n'est qu'un aspect de la catastrophe qui vient.

Quelques dizaines de missiles, des drones bon marché ou des mines navales suffisent à désorganiser un système économique qui repose sur la circulation continue de l’énergie. Cette asymétrie donne à l’Iran un levier stratégique considérable, même face à une puissance militaire supérieure. Les stratèges à Washington et à Tel-Aviv semblent incapables de le comprendre ou ont fait un pari insensé, littéralement un coup de dé de casino, que les frappes des premiers jours, la décapitation d'une partie des dirigeants iraniens suffirait à faire tomber le régime – funeste erreur du renseignement, en particulier du Mossad, et/ou funeste hubris de supériorité.

Et si les infrastructures iraniennes venaient à être détruites massivement, il est très probable que celles des voisins du Golfe le soient aussi. C'est ce qu'on déclaré les autorités iraniennes et il n'y a aucune raison, un mois après le début de ce conflit, de douter tant de leur résolution que de leur capacité à réaliser leurs menaces. Les installations pétrolières, gazières, les raffineries, les terminaux de liquéfaction ou les usines de dessalement sont nombreuses, vulnérables et impossibles à protéger totalement.
Les Houthis au Yémen sont prêts à engager le combat, détruire les oléoducs t gazoducs desservant la Mer Rouge ou à bloquer le détroit de Bab-el-Mandeb qui verrouille l'accès à la Mer Rouge - dès lors, ce n'est pas 20%, mais 32% du transit des hydrocarbures mondiaux qui seraient paralysés. Une catastrophe dont nos sociétés repues ont du mal à mesurer l'ampleur réelle.

Dans ce scénario, le choc sur les marchés serait d’une violence historique. Un baril à 170 ou 200 dollars, voir plus, ne relèverait plus de la spéculation. Les conséquences iraient bien au-delà du pétrole : transport maritime, engrais, agriculture, production alimentaire, inflation mondiale, récession globale.

Un choc économique mondial déjà visible
Les premiers effets se font déjà sentir. Plusieurs pays d’Asie fortement dépendants des importations d’énergie — Thaïlande, Vietnam, Corée du Sud, Japon — connaissent des tensions sur les carburants et l’électricité. L’Inde et l’Australie doivent puiser dans leurs réserves stratégiques, tandis que les prix du gaz et du pétrole restent très élevés malgré les interventions des gouvernements.

Le marché des engrais est particulièrement menacé. Une grande partie du commerce mondial d’urée et d’ammoniac dépend des routes énergétiques du Golfe. Des perturbations prolongées pourraient provoquer des hausses de prix agricoles massives et, dans certains pays, de véritables crises alimentaires, disettes et voire famines.

Les réserves stratégiques occidentales, déjà largement entamées lors des crises précédentes, ont été utilisées à nouveau à la demande de Washington qui a promis, en particulier aux dirigeants européens une solution rapide qui ne vient pas. Mais elles ne pourront pas être reconstituées rapidement. Dans plusieurs pays de l’OTAN, les stocks de pétrole, de gaz et de munitions sont désormais à des niveaux historiquement bas. Et rien ne permet de comprendre comment ils pourraient être reconstitués dans un avenir même à moyens termes.

L’Union européenne apparaît comme la zone la plus vulnérable. Déjà fragilisée par la crise énergétique précédente, elle continue à se couper des hydrocarbures russes sous l’impulsion de la Commission européenne. Certains responsables européens, dont la cheffe de la diplomatie Kaja Kallas, ont même évoqué la « nécessité urgente » d’intercepter davantage de pétroliers russes, au moment même où de nombreux pays asiatiques se tournent vers Moscou pour sécuriser leurs approvisionnements. Folie.

La Russie, qui profite de la hausse des prix de l’énergie, voit ainsi sa position renforcée, alors qu'elle se prépare à une offensive majeure et très certainement définitive en Ukraine. Plusieurs pays d’Asie cherchent à conclure de nouveaux contrats avec elle, tandis que l’Union européenne, engagée dans le soutien à l’Ukraine, se retrouve dans une situation de dépendance accrue et sans solution rapide. La Russie est très tentée de basculer complètement vers le marché asiatique en manque sévère d'hydrocarbure et qui serait un marché durable pour Moscou si les Etats-Unis se lancent dans une offensive totale en Iran, y compris au sol. Autant dire que le « pivot asiatique » des Etats-Unis sera totalement compromis : l'Asie, là où se joue l'avenir de la croissance économique mondiale future, sera un terrain définitivement BRICS.


Une fuite en avant aux conséquences imprévisibles
Washington s'enferme dans une logique d’escalade. Reconnaître l’échec serait politiquement impossible. Intensifier la guerre devient alors la seule option, comme souvent dans l'histoire miliaire américaine depuis la Deuxième Guerre Mondiale avec le risque de franchir un seuil irréversible : bombardements massifs, y compris et surtout sur des infrastructures civiles et des civiles en espérant briser la volonté de résistance (ce qui a toujours été un échecs, dans TOUTES les guerres, mais la recettes pour réaliser des crimes de guerres et causer de nombreux et inutiles morts), tentative de déstabilisation interne de l’Iran en fomentant, encore une fois, des révoltes au Baloutchistan, dans la zone kurde iraniennes, dans la zone azéris, en jouant les divisions ethniques du pays, voire par une intervention terrestre directe avec d'éventuels appuis régionaux (l'Azerbaïdjan est sous pression).

Personne ne peut dire si une telle stratégie réussirait. L’histoire récente incite plutôt au scepticisme.

Le « Golden Age » promis par Trump pourrait bien se transformer en « Stone Age » — pour le Proche-Orient et pour l’économie mondiale... et pour l'humanité si la folie humaine poussait, en désespoir de cause, à recourir à l'arme nucléaire en cas d'échecs des bombardements massifs et d'embourbement au sol.

Après tout, les États-Unis ont déjà gagné la guerre du Vietnam, stabilisé l’Irak, démocratisé l’Afghanistan, pacifié la Libye et apporté la prospérité à la Syrie.
Une réussite de plus ne devrait pas poser de problème.

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