STELLANTIS : SON SORT SE DECIDE A TURIN ET NEW-YORK !

par Pcf du Charolais (71)

Stellantis et ses partenaires commerciaux, ensemble pour poursuivre l'amélioration de l’expérience client en Europe

Les tribulations du capital automobile : exemple de in-souveraineté industrielle ?
Ce que représente Stellantis. Le groupe automobile Stellantis est souvent présenté à tort comme « l’Airbus de l’automobile ». Certes, il s’agit du rapprochement de la marque française Peugeot (Citroën) et de l’italienne FIAT, mais le groupe italien est en réalité un groupe italo-américain embarquant Jeep (depuis 2010), Chrysler et Dodge (depuis 2011). Peugeot, de son côté, avait acheté en 2017 Opel (et sa filiale Vauxhall) à General Motors.
Stellantis est donc présent en Amérique du Nord, en Europe et même en Chine par ses 20% de part dans le capital du constructeur d’automobiles électriques chinois Leapmotor dont il commercialisera les véhicules en Europe (accord en 2024). Pour autant, il possède aussi des usines presque partout dans le monde (Afrique du Nord, Amérique du Sud, Asie du Sud-Est).
Les principaux actionnaires sont la famille Agnelli (environ 16%), la famille Peugeot (environ 8%), Bpifrance (environ 7%) et un florilège de fonds de placement entre 1% et 3% comme BlackRock, Goldman Sachs, Vanguard, ce qui fait que la frange française du capital a moins de voix au chapitre que les italo-anglo-saxons. Le Président de Stellantis est le petit-fils de Gianni Agnelli et le directeur général est issu de Fiat (il a remplacé Tavares, remercié pour des résultats 2024 très « décevants »)
Enfin Stellantis est une entreprise enregistrée aux Pays-Bas pour des raisons fiscales qu’il est inutile de développer ici.
Le chiffre d’affaires du groupe s’élève à 154 milliards d’€ en 2025 (contre 189 milliards en 2024), plaçant dans le top 10 mondial, loin derrière Volkswagen et Toyota (plus proches de 300 milliards d’€, chiffres 2025 non encore publiés).
2025, encore une mauvaise année, mais pour qui, à la fin ?
Les résultats de 2025 du groupe automobile ne sont pas bons : les pertes seraient de 22 milliards d’€. Mais ce résultat est obtenu par une écriture comptable d’une perte évaluée à 25 milliards d’€, intitulée « reset stratégique ». Il s’agit en langage comptable de provisions, dépréciations d’actifs, bref de charges exceptionnelles liées aux choix industriels non pertinents des années antérieures.
L’action de Stellantis a chuté en Bourse depuis le début de l’année d’un bon tiers surtout après l’annonce dès le 6 février du fameux « reset stratégique ». Si « le marché » avait anticipé les mauvaises nouvelles, l’inquiétude est bien plus grande pour les travailleurs du groupe automobile. Le site de Poissy serait déjà condamné et plus généralement il semblerait que le principal marché porteur soit celui des Etats-Unis d’Amérique dans la catégorie des bons vieux moteurs thermiques. De fait, il semble bien que la stratégie précédente de porter l’effort sur le véhicule électrique n’est pas porté ses fruits.
Les représentants du groupe ont annoncé la volonté d’une maîtrise stricte des coûts, de quoi précisément inquiéter encore davantage les travailleurs du groupe. Déjà, des analystes supposent des décisions de transferts de production prises au détriment des sites historiques Peugeot-Citroën (pas forcément sur le seul périmètre du territoire français), dans la mesure où les administrateurs français, si tant est qu’ils s’y opposent, auraient moins de poids. Par ailleurs, Tavares, le responsable présumé des erreurs stratégiques, ayant conduit à des résultats médiocres d’un point de vue financier, était issu de Peugeot…
Force est de constater que désormais, le destin de l’industrie automobile en France se décide hors de tout contrôle national et après la quasi-désertion de Renault, le destin des travailleurs de Peugeot se décidera entre Turin et New-York.
Dans la continuité de la mobilisation du 4 décembre dernier à Poissy, la FTM-CGT, L’Union Départementale CGT des Yvelines, les structures locales CGT organisent un meeting le 10 mars avec la participation de politiques locaux, de Stéphane FLEGEAU, Secrétaire Général de la FTM, de Matthieu BOLLE-REDDA pour l’UD  78 et de Jonathan DOS SANTOS pour le syndicat CGT Stellantis de Poissy.
Ce meeting s’inscrit dans une campagne de lutte et d’autres actions sont avenir.
 
Automobile : de l’électricité dans l’air
Selon le Financial Times, les révisions stratégiques opérées en 2025 dans l’industrie automobile ont généré au moins 65 milliards de dollars de pertes cumulées liées aux programmes électriques. Stellantis, Ford, Volkswagen, Volvo, Honda ou encore General Motors ont tous révisé leurs ambitions. Le ralentissement américain a servi de déclencheur, mais le phénomène dépasse largement ce seul marché. Une transition électrique lancée à marche forcée chez les constructeurs automobiles. Des sommes colossales touchant nombre de groupes, à l’image de Stellantis. La multinationale euro-américaine a annoncé 26 milliards de dollars de charges exceptionnelles liées à l’abandon de certains programmes électriques et à la réintroduction de motorisations thermiques ou hybrides sur plusieurs marchés. Ford de son côté a enregistré 19,5 milliards de dollars de dépréciations après avoir revu son projet de pick-up électrique. Volkswagen, Volvo, Polestar ou encore Honda ont également ajusté leurs investissements. Des investissements engagés sur des hypothèses de croissance rapide et homogène du marché mondial afin de tirer du profit rapidement. Mais le ralentissement américain et l’administration Trump  ayant pris en grippe l’électrique, en Europe les volumes progressent moins vite qu’espéré et les industriels revoient le calendrier de certains modèles. En Chine, à l’inverse, l’électrique continue de gagner des parts de marché à un rythme soutenu. L’écart se creuse donc entre les différentes régions du monde. Electrique accéléré en Chine, hybride renforcé en Amérique du Nord, ajustements progressifs en Europe. L’électrification reste un objectif stratégique de long terme pour la plupart des constructeurs. 65 milliards de dollars de perte montre le vrai décalage entre ce que l’industrie prépare, ce que les États à leur services décident et ce que les clients achètent réellement et leur pouvoir d’achat tiré vers le bas. Cela montre la responsabilité d'un système, le capitalisme et son incapacité à répondre aux besoins des travailleurs et des peuples.
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