8 mai, 9 mai – une victoire, une mémoire, une vérité :

par Pcf du Charolais (71)

« Les 80 millions de morts de la seconde guerre mondiale » graphique réalisé par Olivier Berruyer, les-crises.fr

Deux dates, une victoire, une vérité trop souvent oubliée : le nazisme fut écrasé au prix d’un sacrifice humain colossal. Honorer cette mémoire, c’est refuser les falsifications et rester vigilant face à ses résurgences.

Deux dates, une victoire, une vérité
En ce 8 mai et ce 9 mai, nous commémorons le 81e anniversaire de la victoire sur le nazisme. Une victoire immense, civilisationnelle, arrachée au prix d’un sacrifice humain sans précédent. Une victoire qui ne fut pas seulement militaire, mais existentielle : il s’agissait d’empêcher la destruction méthodique d’une partie de l’humanité européenne.

Pourquoi deux dates ? Parce que la fin de la guerre ne s’est pas jouée en un seul acte, mais a été le moment d'une confrontation politique. Une première capitulation allemande est signée à Reims le 7 mai 1945, au quartier général d’Dwight D. Eisenhower, avec un délai de près de deux jours avant son entrée en vigueur. Ce délai permet aux forces allemandes de continuer à combattre à l’Est tout en se repliant vers les lignes occidentales. Refusant cette mise en scène alors que ses soldats tombent encore par milliers, Joseph Staline impose une seconde signature à Berlin, au cœur du Reich vaincu, sous l’autorité de l’Armée rouge. Elle a lieu dans la nuit du 8 au 9 mai. L’Ouest commémore donc le 8 mai ; la Russie, la Serbie et plusieurs peuples issus de l’ancien espace soviétique célèbrent le 9 mai. Deux dates, mais une même victoire contre la barbarie.


Le poids décisif de l’Est
Il faut ici rappeler une vérité historique trop souvent édulcorée, le coût principal de l’écrasement du IIIe Reich fut porté par l’Union soviétique. Vingt-sept millions de morts. Vingt-sept millions. Russes, Ukrainiens, Biélorusses, et l’ensemble des peuples soviétiques ont subi une guerre d’anéantissement. Villes rasées, villages incendiés, populations exterminées, sièges meurtriers, massacres systématiques. Le front de l’Est fut le cœur du conflit, et là où l'Allemagne nazie a rencontré son point de rupture.

L’Armée rouge a détruit l’essentiel de la machine militaire nazie. Sans ces sacrifices, il n’y aurait pas eu de libération de l’Europe occidentale. Sans Stalingrad, Koursk, et l’effondrement du front oriental, le débarquement de 1944 n’aurait pas eu les mêmes conditions, ni sans doute la même issue. En réalité, sans l'Opération Bagration, le Débarquement du 6 juin 1944 aurait été un terrible échec.

Cela n’enlève rien au rôle des autres alliés, ni à la mort ou au souffrance de chacun des soldats du camp Allié, mais il est important de rappeler la hiérarchie des engagements militaires et humaines des uns et des autres. La victoire est collective, mais son centre de gravité à été l’Est. Et cette mémoire est aujourd'hui insupportable à certains.


Les peuples en lutte
Nous n’oublions pas le peuple polonais, broyé et martyrisé dans des proportions effroyables. Nous n’oublions pas les peuples de Yougoslavie qui menèrent une guerre de libération d’une intensité exceptionnelle. La Yougoslavie des partisans de Tito fut le seul pays d’Europe à se libérer largement par ses propres forces, dans une guerre populaire d’une violence inouïe qui coûta plus d’un million de morts. Cette indépendance farouche, Berlin ne l’a jamais vraiment pardonnée, pas même l’Allemagne contemporaine lorsqu’elle participa activement, des décennies plus tard, à l’éclatement de la Yougoslavie.
De la même manière, l'Allemagne contemporaine est amnésique au fait que sa dette colossale, humaine, matérielle et financière envers tous les peuples d'Europe, fut effacée d'un trait de plume par solidarité avec son futur et pour lui laisser une chance. Une Allemagne qui ne cesse aujourd'hui de conspuer les autres pour leur mauvaise gestion, mais qui, ne parvient pas à rendre l'or volé à la Grèce lors de la 2e guerre mondiale au titre... qu'il aurait été volé non par l'Allemagne démocratique, mais par l'Allemagne nazie. Belle pirouette.

Nous n’oublions pas les résistants de toute l’Europe, de la France à la Grèce (dont les sacrifices furent similaires à ceux de le Yougoslavie et qui en furent remerciés par une guerre civile non moins atroce imposée de l'extérieur entre 1946 et 1949 – un regime change de son temps), de l’Italie à la Pologne. Nous n’oublions pas les soldats américains, britanniques, canadiens. Nous n’oublions pas non plus les peuples d’Afrique encore colonisés, envoyés combattre sur des fronts lointains par centaines de milliers, ni l’Inde, ni la Chine, dont le rôle immense dans la guerre contre le Japon reste trop souvent ignoré, voir moquée, comme récemment par Kaya Kallas, ministres des affaires étrangères de l'Union européennes qui semble complètement ignorante en la matière.
Nous n'oublions pas même les Allemands qui en Espagne (Le bataillon Thälmann, unité de volontaires des Brigades internationales) luttèrent contre le fascisme, les socialistes et communistes allemands qui inaugurèrent macabrement les camps de la mort nazi, ou les résistants allemands comme ceux du réseau de la Rose Blanche. Et nous saluons tous les jeunes Allemands qui aujourd'hui manifestent contre la politique de Merz qui veut bâtir la plus grande armée d'Europe et reconvertit l'industrie allemande en industrie de guerre...on cela où cela finit.

Cette victoire fut celle d’une alliance mondiale improbable mais nécessaire. L’Union soviétique, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine et des dizaines de peuples ont uni leurs forces pour abattre un système fondé sur la hiérarchie raciale, l’esclavage et l’extermination.


Le ventre fécond de la bête
Mais cette mémoire n’a de sens que si elle nous éclaire. Comme l’écrivait Bertolt Brecht, « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ». La bête immonde, c’est le nazisme. Mais Brecht nous avertit surtout du danger qui le précède.

Ce ventre fécond, ce sont les conditions qui rendent possible l’émergence de la barbarie. Une économie devenue folle, dérégulée, où la richesse et le pouvoir se concentrent entre quelques mains. Des peuples qui se paupérisent, qui perdent leurs repères, qui voient leurs États s’affaiblir et leurs services publics se déliter. Une crise politique profonde, une perte de sens collectif, une défiance généralisée.
Dans ce terreau, la colère cherche des explications. Et faute de réponses justes, surgissent les fausses évidences, les désignations de boucs émissaires, les récits simplistes qui transforment la frustration en haine. C’est ainsi que naissent les forces qui détournent la souffrance sociale vers la violence politique.

Le fascisme ne surgit jamais de nulle part. Il s’enracine dans des déséquilibres, des injustices, des peurs instrumentalisées et les contre-vérités historiques.

À cette exigence de vérité s’ajoute un combat contre un confusionnisme de plus en plus insupportable, celui qui prétend mettre sur le même plan le nazisme et l’Union soviétique. Cette assimilation, qui procède moins d’une rigueur historique que d’agendas politiques contemporains à courtes vues, dénature profondément la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Elle gomme la nature spécifique du nazisme, idéologie raciale fondée sur l’extermination industrielle de peuples entiers en raison de leur ethnie ou de leur religion, et efface dans le même mouvement le rôle décisif de l’URSS dans sa destruction. Tout confondre, c’est ne plus rien comprendre, c’est transformer l’histoire en instrument, au service de lectures opportunes, qui brouillent les responsabilités, relativisent les crimes et affaiblissent notre capacité à nommer clairement ce que fut le mal absolu. Défendre la mémoire, ce n’est pas simplifier à outrance ; c’est refuser les amalgames qui, sous couvert de symétrie, finissent par dissoudre la vérité elle-même.



Aucune concession
Alors aucune concession. Jamais. Aucune concession au nazisme. Aucune concession au fascisme réel, historique. Aucune concession à toutes les formes qui en reprennent les logiques, qu’elles soient explicites ou dissimulées.

Le devoir de notre génération est de tenir ensemble ces deux exigences, la fidélité à la vérité historique et la vigilance politique. Se souvenir, ce n’est pas seulement commémorer, c’est comprendre ce qui a été, pour empêcher ce qui pourrait revenir, car cette victoire, si elle fut totale sur le plan militaire, n’est jamais définitivement acquise sur le plan humain.

Gloire aux combattants de la liberté.
Gloire aux résistants.
Gloire aux peuples martyrs.
Et honneur éternel à ceux qui ont payé de leur vie pour que l’Europe échappe à la nuit.

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