Qui sont les casseurs de l'Education Natonale ?

par Pcf du Charolais (71)

Qui sont les casseurs de l'Education Natonale ?

Lancée le 18 septembre, la mobilisation des lycéens s’est élargie à tout le pays. À l’origine de ces rassemblements, une colère et une anxiété nourries par les réformes macronistes successives. Face à ces revendications, le pouvoir reste sourd et fait le choix d’une répression brutale et aveugle.

On savait la jeunesse maltraitée et en souffrance depuis 2017. Les files d’attente chargées d’étudiants dans les points de distribution alimentaire le disaient, le nombre de jeunes sans proposition d’orientation à quelques jours de la rentrée universitaire aussi. Mais, depuis le 18 septembre, leur colère s’exprime par la voix de plus jeunes encore, à l’entrée des lycées, par de nombreux blocages sévèrement réprimés par la police.

Parmi leurs revendications : le remplacement des professeurs absents, l’augmentation des moyens et la rénovation des établissements pour étudier dans des conditions décentes. Le mouvement a pris comme une traînée de poudre. Signe d’un ressentiment profond après une décennie de réformes macronistes qui ont déstabilisé le quotidien des lycéens et obscurci leur avenir.

Bac : le contrôle continu de l’angoisse

C’est le bébé de Jean-Michel Blanquer, tout premier ministre de l’Éducation nationale d’Emmanuel Macron. Avec sa réforme du bac, en 2019, les filières ont été remplacées par une liste de spécialités proposées aux élèves. Libre à eux de composer leur menu. Surtout, le bac se joue désormais à 40 % au contrôle continu avec des « épreuves communes » organisées à intervalles réguliers. Conséquence : une pression constante pèse désormais sur le dos des élèves, de leur entrée au lycée à leur sortie.

« On est sous tension en permanence, chaque note compte, rapporte Chloé Barbey, conseillère nationale du Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF) et lycéenne à Gardanne (Bouches-du-Rhône). Ça a installé une forme de chacun pour soi parce qu’on observe aussi, au fur et à mesure des épreuves, la moyenne de la classe pour être au-dessus et avoir toutes nos chances ensuite pour Parcoursup. »

Les lycéens avaient-ils vraiment besoin d’une telle réforme lorsque les données sur leur santé mentale révèlent de grandes fragilités ? Selon une récente étude de Santé publique France, 19 % des élèves de lycée ont un risque important de dépression, un taux en hausse de 3,5 points par rapport à 2022. Parmi les motifs, selon les services du ministère de la Santé, « une sensibilité plus marquée à la pression scolaire ».

 

Lycée pro : de la voie de garage à la casse

En 2018, Jean-Michel Blanquer dévoilait ses ambitions pour le lycée professionnel : « Il est temps de créer de véritables ‘‘Harvard professionnels” ». Pour y parvenir, celui-ci annonçait que, dès la rentrée suivante, les élèves n’auraient plus à choisir leur spécialisation dès la seconde. À la place, ils rejoindraient de larges « familles de métiers » (hôtellerie-restauration-tourisme, relation client, métiers du bois).

À l’époque, le sociologue Ugo Palheta avertissait : « Cela ne va rien changer à la marginalisation de cette voie et de ceux qui la fréquentent. Avec ce type de formations vagues et très larges, on va rendre plus difficile l’insertion professionnelle de ceux qui seront pressés de gagner le monde du travail. » Sept ans plus tard, ces craintes se sont transformées en réalité. Le taux d’insertion professionnelle des élèves de CAP, de Bac pro et de BTS ne cesse de chuter, selon les données des ministères du Travail et de l’Éducation nationale.

48 % des élèves sortis d’études en 2022 étaient en emploi deux ans après la fin de leurs études. En 2023, ils n’étaient plus que 45 %. Dans le même temps, la part d’emplois précaires reste stable tandis que celle des CDI s’effrite. En résumé : ces jeunes sont confrontés à une entrée de plus en plus difficile sur le marché du travail et dégotent des boulots de moins en moins stables…

Parcoursup : la plateforme de tri

Lancée en 2018 pour remplacer l’éphémère site Admission Post-Bac (actif de 2009 à 2017), la plateforme Parcoursup cristallise les colères lycéennes depuis sa mise en place. À chaque fin d’année scolaire, son algorithme décide de l’avenir des centaines de milliers de bacheliers qui, pour beaucoup, voit se fermer à eux les parcours auxquels ils se dédiaient, souvent par manque de prestige de leur établissement, de ressources sociales ou de places.

Avec des jeunes plus nombreux chaque année à vouloir entrer dans l’enseignement supérieur, la plateforme se retrouve, de fait, incapable d’absorber tous les vœux déposés par les futurs étudiants, ce qui accentue les inégalités de départ. En 2019, on comptait 12 vœux pour chaque place proposée. Six ans plus tard, on en est à 17 vœux par place. Une tension moins forte dans les formations privées, qui font leur beurre de l’engorgement de la plateforme.

De plus en plus de bacheliers sont ainsi contraints d’attendre la phase complémentaire (réservée aux étudiants non admis en phase principale) avant de savoir dans quelle formation ils commenceront leur cursus. Ils étaient 450 190 dans cette situation en 2025 contre 396 245 en 2019.

La paupérisation comme horizon

Pour les lycéens, l’après-bac est tout aussi anxiogène. Car ceux qui feront le choix de faire des études supérieures devront pouvoir supporter l’augmentation du coût de la vie. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, celui-ci a bondi de 35,84 %, selon la dernière étude du syndicat étudiant Unef. Avec un « coût moyen mensuel » par étudiant qui dépasse partout en France les 1 000 euros.

Le gel des aides au logement annoncé pour la prochaine année scolaire n’arrangera pas la situation. Des données d’autant plus alarmantes que 74,22 % des étudiants ne reçoivent pas de bourse. Pis : le contingent de boursiers a diminué de 5,1 % entre l’année scolaire 2017-2018 (malgré un pic pendant le Covid) et celle de 2024-2025. Non pas parce qu’ils roulent désormais sur l’or, mais parce que les critères déterminant les barèmes sont trop restrictifs.

La légère augmentation, en 2023, des plafonds (+ 6 %) n’a pas eu d’effet. Leur gel depuis trois ans a annihilé ce petit rebond, faute d’indexation sur la forte inflation, qui pénalise aussi les plus jeunes. Au final, le nombre total de boursiers chute, tandis que la part de ceux qui bénéficient de l’échelon maximal – les plus pauvres – ne cesse de grimper (+ 18,2 %), signe d’une concentration inquiétante de la précarité étudiante. Et d’un creusement des inégalités au sein de la jeunesse.

Jackpot pour l’enseignement privé

Comme un symbole de l’idéologie macroniste, l’enseignement supérieur français se privatise à la vitesse grand V depuis la première élection d’Emmanuel Macron. Là aussi, Parcoursup en est l’illustration. Entre 2019 et 2025, le nombre de places proposées par les établissements publics n’a augmenté que de 2,5 %, tandis que celles disponibles dans le privé bondissaient de 37,3 % !

Plus les années passent et plus les jeunes sont nombreux à se rabattre sur ce type d’enseignement, dont les frais d’inscriptions peuvent s’élever à plusieurs milliers d’euros par an dans certains cursus. Les effectifs dans le privé suivent grosso modo la même évolution que l’offre proposée sur Parcoursup : le nombre d’étudiants inscrits dans des établissements privés a augmenté de 40,8 % entre 2015 et 2024. En 2015, ils ne représentaient que 19,1 % des effectifs étudiants recensés par le service statistique du ministère de l’Enseignement supérieur, contre 26,3 % en 2024.

Autre effet des politiques macronistes, les écoles de commerce font partie des établissements qui ont le vent en poupe depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Le nombre de leurs étudiants s’est envolé de 46,5 % entre 2017 et 2024, à tel point qu’elles accueillent, selon les dernières données disponibles, près d’un tiers des étudiants du privé.

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