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AGRICULTURE ET RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE :

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Que peut France face au réchauffement climatique ? par Gérard Le Puill

Rendu public le 29 juin, le rapport de 200 pages rédigé au nom du Haut Conseil pour le climat a été occulté par les manifestations et les saccages qui ont suivi la mort de Nahel, tué au volant d’une voiture par un policier à Nanterre.

 

En dépit de certaines faiblesses, l’importance de ce rapport nous conduit à lui consacrer plusieurs articles sur des sujets sensibles comme les transports, l’agriculture et quelques autres.

 

Présidé par la franco-canadienne Corinne Le Quéré, le Haut Conseil pour le climat est composé de 13 membres parmi lesquels figurent Marion Guillou, ancienne présidente de l’INRA ; Jean-Marc Jancovici, spécialiste reconnu des dossiers énergétiques; Valérie Masson-Delmotte, l’agronome Jean-François Soussana et Laurence Tubiana. Cette dernière fut la représentante spéciale de la Cop 21 qui s’est déroulée à Paris en décembre 2015, sous la présidence  du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Laurent Fabius.

 

Le rapport, consacré à l’évolution du climat sur le territoire de la France métropolitaine, a été rédigé par cinq collaborateurs et collaboratrices des membres du Haut Conseil, sous la direction de Corinne Le Quéré.

 

Remis à la Première ministre le 29 juin, ce rapport constate que « l’année 2022 a été exceptionnellement chaude (année record, +2,9°C par rapport à 1900-1930 selon les données de Météo France) ». On est donc très au-delà, dès 2022, des objectifs du texte final de la Cop 21. Ce texte recommandait de ne pas dépasser le chiffre de +2°C en 2100 par rapport à la période préindustrielle et de s’en tenir à +1,5°C si possible. Mais ce dernier chiffre fut retenu dans seul le but de faire adopter le texte de la Cop 21 par les 195 Parties présentes à Paris en 2015.

 

Le texte que le Haut Conseil pour le climat vient de rendre public fait état, en 2022, d’un recul des précipitations de 25% par rapport à une année normale; d’une « recharge des nappes souterraines limitée par la faiblesse des pluies. Il pronostique des baisses de rendements agricoles de 10 à 30% pour certaines filières, une production hydroélectrique de 20% inférieure à la moyenne 2015-2019 ».

 

Un inquiétant bilan de l’année 2022 en France… 

 

Il précise aussi que « l’approvisionnement en eau potable a connu de fortes tensions dans plus de 2.000 communes (…) Les dommages aux bâtiments causés par la sécheresse des sols ont donné lieu à plus de 8.000 demandes de communes pour la reconnaissance de »catastrophes naturelles« , pour les effets du retrait-gonflement des argiles au titre de l’année 2022 (…), Les moyens nationaux de lutte contre les incendies de végétation ont été engagés sur plus de 7.800 feux et 72.000 hectares ont brûlé en 2022 (…) La baisse de la productivité de la forêt, l’augmentation de la mortalité des arbres et les dommages liés aux incendies, ainsi que le stress hydrique des écosystèmes réduisent le potentiel des puits de carbone ». Tout cela va à l’encontre « de l’objectif de neutralité carbone à échéance 2050 », peut- on lire en pages 5 et 6 de ce rapport.

 

En page 7, il est écrit que « les projections climatiques montrent qu’un réchauffement de près de 2,0°C à l’horizon 2030, avec une fourchette à 2,3°C est pratiquement inévitable pour la France (…) Sur la base des scénarios cohérents uniquement avec les politiques publiques actuellement mises en œuvre dans le monde, il est projeté un réchauffement moyen en France de l’ordre de +4°C d’ici la fin du siècle…. ».

 

On se dit alors que Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires, avait été informé du contenu de ce rapport quand il a avancé le 20 mai dernier le chiffre de +4°C de réchauffement en France à l’horizon 2100 par rapport à la température moyenne du début du XIXème siècle.… Et une inquiétude croissante chez les Français 

 

Le 30 juin, un sondage Elabe réalisé auprès d’un panel de 1.004 Français pour le quotidien Les Échos et l’Institut Montaigne indiquait que 81% des personnes interrogées se disaient très inquiètes des conséquences de la sécheresse en 2023 contre 15% d’un avis contraire.

 

Dans ce panel, plus de 8 personnes sur 10 redoutent une baisse des récoltes agricoles, un recul de la biodiversité, des fissures dans les bâtiments et une fragilisation des personnes âgées.

 

Au niveau du constat, les réponses à cette enquête d’opinion semblent indiquer que les personnes interrogées partagent à travers leur ressenti, le constat que fait le Haut Conseil pour le climat concernant la France. Pour éviter les restrictions d’eau dans les prochaines semaines, 52% des personnes interrogées déclarent quelles vont réduire leur consommation. Inversement, 48% ne comptent pas réduire cette consommation, 43% disent déjà consommer le strict minimum et 5% ne veulent pas changer leurs habitudes.

 

Chargé de projets « Climat et environnement »  à l’Institut Montaigne, Hugues Bernard livre ce commentaire : « Les résultats de ce sondage soulèvent un point intéressant: le décalage entre le niveau de prise de conscience et la volonté de se mobiliser. Si 4 Français sur 5 se disent inquiets des sécheresses, seulement 1 Français sur 2 a l’intention de réduire sa consommation d’eau tandis que 4 Français sur 10 ont déjà le sentiment de faire le maximum. Cette relative inaction, eu égard de l’urgence de la situation, doit nous interroger sur la façon dont la crise écologique est communiquée. Insister excessivement sur les menaces de catastrophes naturelles pousse au défaitisme. Une question sans réponse alors: comment changer la narratif de la transition écologique, aujourd’hui considérée comme pessimiste et punitive, pour susciter l’action du plus grand nombre? ».

 

Le bilan carbone terrifiant de la théorie de Ricardo. Cette interrogation de l’Institut Montaigne en appelle une autre: Peut-on réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de la mondialisation capitaliste?

 

200 ans après la mort de David Ricardo, sa « théorie des avantages comparatifs » visant à faire croître les profits favorise toujours les délocalisations de productions industrielles et agricoles avec un bilan carbone désastreux ! L’ouvrage de référence de David Ricardo a été publié en 1817. Il est reparu chez Flammarion en 1999 sous le titre « Des principes de l’économie politique et de l’impôt ». Ricardo y résume sa vision de l’économie en ces termes :

 

« Dans tout le cours de cet ouvrage, j’ai cherché à prouver que le taux des profits ne peut jamais hausser qu’en raison d’une baisse des salaires, et que cette baisse ne peut être permanente qu’autant il y aura une diminution dans le prix des denrées que l’ouvrier achète avec ses gages. Si par l’accroissement du commerce étranger, ou par le perfectionnement des machines, on peut fournir aux travailleurs la nourriture et les autres objets de première nécessité à plus bas prix, les profits hausseront ».

 

C’est pour faire hausser les profits que l’on a depuis un demi-siècle, multiplié les délocalisations de productions industrielles et agricoles des pays développés vers les pays à bas coûts de main d’œuvre. Les grandes firmes ont cassé des usines en bon état de marche en France pour construire les mêmes dans des pays ou les salaires étaient trois à quatre fois plus bas que chez nous.

 

Ceci est également vrai pour certaines productions agricoles réclamant beaucoup de main d’œuvre comme les fruits et légumes, sans oublier le soja importé pour nourrir le bétail en Europe. Mais on imagine que ces sujets restent tabous à l’Institut Montaigne. 

 

D’ailleurs, même le rapport du Haut Conseil pour le Climat peine à aborder les multiples conséquences des délocalisations sur le climat. Nous aborderons ces sujet dans prochains jours concernant les transports, l’agriculture, la forêt et la gestion de l’eau .  ​​​​​​​

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