APRES L'USINE APERAM GUEUGNON ; FPT IVECO BOURBON LANCY PASSE SOUS LE GIRON INDIEN !

Le producteur italien de camions et autobus contrôlé par le holding des Agnelli va être cédé à l'Indien Tata Motors, déjà propriétaire de Jaguar Land Rover (JLR) dans l'automobile. Sa division défense (6 % du total), passera aux mains de Leonardo.
Iveco Group, l'un des pans historiques de l'ancien empire Fiat, va passer sous pavillon indien, avec des camions, bus et moteurs divers, tandis que seule la petite activité de véhicules de défense restera italienne.
L'industriel italien a tout d'abord annoncé ce mercredi qu'il avait signé un accord pour vendre à son compatriote Leonardo son activité de véhicules militaires (Iveco Defence Vehicles), pour maintenir cette activité dans des mains italiennes, conformément aux demandes pressantes du gouvernement Meloni qui a fait jouer son droit de veto.
Cette transaction, éventée depuis plusieurs jours, sera effectuée sur la base d'une valeur d'entreprise de 1,7 milliard d'euros. Le groupe français KNDS était, semble-t-il, intéressé. Mais IDV ne représente au total que 6 % du chiffre d'affaires global d'Iveco Group (15,3 milliards d'euros l'an dernier), contrôlé en direct par Exor, le véhicule d'investissement de la famille Agnelli.
Dans un communiqué séparé publié peu après, l'industriel basé à Turin confirmait que la plus grosse partie du démantèlement va revenir au groupe indien Tata Motors, déjà propriétaire de Jaguar Land Rover dans l'automobile, depuis 2008.
Le groupe indien, dont le tutélaire patriarche Ratan Tataest décédé en octobre dernier, mettra pour cela environ 3,8 milliards d'euros sur la table, pour s'offrir un des producteurs européens de poids lourds et autobus. Tata, qui vend déjà des poinds lourds sur le marché indien, acquerra également des compétences en matière de conception et de technologie dans des domaines comme le transport durable, ce qui pourrait renforcer son attractivité auprès des acheteurs européens, précisent les protagonistes.
Le holding Exor NV de la famille milliardaire Agnelli, qui contrôle Iveco, a accepté de céder sa participation financière de 27 % à Tata (et bien davantage en droits de vote), selon le communiqué.
Iveco est présent aujourd'hui dans les camions de tous gabarits (58 % du chiffre d'affaires annuel), dans les autobus urbains (15 %), les moteurs et transmissions (21 %). Au total, le groupe compte 36.000 salariés, 19 sites industriels et 31 centres de R&D, et réalise 74 % de ses ventes en Europe, plus 11 % en Amérique latine, selon les données de 2024.
En France, le coeur du système est sa grande usine de bus d'Annonay, en Ardèche, (ex-Irisbus, alors filiale commune avec Renault Véhicules industriels), et les sites Heuliez Bus de Rorthais, dans les Deux-Sèvres, ainsi que les moteurs et transmissions diverses réalisés à Bourbon-Lancy, en Saône-et-Loire.
Dans les bus, Iveco est de loin le fournisseur attitré d'IDFM, l'autorité organisatrice des transports d'Ile-de-France, qui passe en direct ses commandes de véhicules pour la RATP.
Dans les camions, Iveco n'est pas sur le podium, mais c'est l'un des acteurs significatifs du marché européen, en concurrence notamment avec Volvo Trucks, Mercedes ou Renault Trucks. Il avait beaucoup misé, en matière d'électrification des modèles, sur une alliance avec le « pure player » américain Nikola Motor, mais le placement e ce dernier en faillite, en début d'année, a torpillé ce projet transatlantique.
Iveco avait souligné mardi être en discussion avancées avec deux parties distinctes au sujet d'une cession, confirmant des informations initiales de Bloomberg. Le souhait des Agnelli de se débarrasser de leurs poids lourds n'est pas si nouveau. Dès 2021, le chinois FAW avait proposé de racheter tout Iveco. Mais cette initiative avait été bloquée par le gouvernement italien de l'époque, déjà par crainte de voir filer à l'étranger la division de défense.
Ce nouvel épisode, qui voit finalement l'industriel basculer dans le giron indien, marque un terme dans la saga industrielle complexe d'Iveco. D'abord apparu en 1975 pour regrouper plusieurs constructeurs européens de poids lourds (OM, Magirus-Deutz, Fiat-Unic, Lancia) en pleine construction du marché commun, Iveco avait prospéré dans la galaxie Fiat (comme RVI à l'époque chez Renault), avant d'être séparé de sa grande maison mère en 2011, pour être logée chez Fiat Industrial.
L'entreprise était ensuite placée sous l'aile du pôle industriel CNH, avec des cotations séparées en bourse, à l'époque de l'ancien patron du groupe Sergio Marchionne, avec notamment des constructeurs de matériel agricole (Case). Puis le dernier épisode décisif date de 2022, lorsque Iveco Group était à nouveau détaché du reste, pour devenir totalement indépendant et transféré directement chez Exor des héritiers Agnelli.
L'an dernier, la marge opérationnelle réalisée par Iveco dans les camions et les bus était de 5,6 et 5,5 %, mais s'élevait à 10 % pour la partie défense, un domaine moins concurrentiel.
En peu de temps, Exor s'est également débarrassé de Comau, spécialiste de la robotique et automatisation industrielle, de son grand équipementier automobile Magneti Marelli, et a cédé 4 % de ses actions dans Ferrari, cette seule opération lui permettant d'empocher 3 milliards d'euros. De quoi investir dans de nouvelles activités, loin du pôle automobile comme à la grande époque de « l'Avvocato » Giovanni Agnelli.
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