PLUS JAMAIS HIROSHIMA ET NAGASAKI !
Le pire est à craindre, puisque Moscou et Washington ralentissent de plus en plus le démantèlement de ces armes de destruction massive. © Smith Collection/Gado/Getty Images
Il y a 80 ans, jour pour jour, l’humanité basculait.
À 8h15, le 6 août 1945, un bombardier américain larguait la première bombe atomique de l’histoire - "Little Boy" de son petit nom - sur Hiroshima, au Japon.
En quelques secondes, une boule de feu et de souffle annihilait la ville et tuait instantanément 80 000 personnes.
Trois jours plus tard, le 9 août, "Fat Man", une deuxième bombe, détruisait Nagasaki.
Le bilan humain de ces deux frappes atteint plus de 250 000 morts. Et combien de malades de cancers et autres dégénérescences sur des générations ?
La capitulation du Japon suivra le 2 septembre 1945, mettant un terme officiel à la Seconde Guerre mondiale.
Officiellement, l’objectif était de hâter la fin de la guerre sans engager une invasion terrestre du Japon, qui aurait coûté des centaines de milliers de vies américaines. Mais l’histoire a fini par révéler une réalité bien différente. Le Japon était déjà prêt à capituler, ne demandant qu’une seule chose : le maintien de l’empereur. Ce que les États-Unis accepteront finalement… rendant l’argument initial caduque.
Les vraies raisons étaient ailleurs.
D’abord, l’usage de cette arme nouvelle permettait de la tester en conditions réelles. Ensuite, et surtout, il s’agissait d’envoyer un signal clair à Staline et à l’Union soviétique : les États-Unis possédaient désormais l’arme absolue. Washington voulait également empêcher l’avancée soviétique en Asie orientale, malgré avoir eux-mêmes demandé à Moscou d’entrer en guerre contre le Japon. L’URSS aura tout de même le temps de s’emparer des îles Kouriles, une conquête toujours contestée par le Japon, au point qu’aucun traité de paix définitif n’a été signé à ce jour entre Tokyo et Moscou.
L’humanité venait d’entrer dans l’ère nucléaire.
Avec ses promesses immenses — énergie quasi illimitée, science et médecine révolutionnées — mais aussi ses périls absolus. Très vite, l’Union soviétique développe à son tour la bombe, puis le Royaume-Uni, la France, la Chine. C’est le début de la dissuasion nucléaire, fondement de ce que l’on nommera "l’équilibre de la terreur". Le principe est simple : plus aucun affrontement direct entre puissances nucléaires n’est possible, car toute guerre entraînerait une destruction mutuelle assurée, même en cas de frappe préventive.
Cet équilibre glaçant a gelé les conflits directs, mais provoqué des guerres indirectes — dites par procuration : Vietnam, Afghanistan, Angola, Amérique latine, Afrique… la guerre froide s’est jouée dans l’ombre : espionnage, coups d’État, guérillas, déstabilisations, assassinats.
Le point culminant du risque nucléaire fut atteint en 1962, lors de la "crise des missiles de Cuba" — qui était, en vérité, une double crise, Cuba répondant au déploiement préalable de missiles américains en Turquie. Pendant plusieurs jours, l’humanité a été suspendue au bord du gouffre.
Il faut à se titre lire le livre de Jeffrey Sachs, "To Move the World: JFK's Quest for Peace" sur cette crise pour comprendre ce qu'est véritablement un grand président (ici Kennedy) à l'aire nucléaire - son premier travail est d'éviter la guerre à son pays et surtout l'annihilation totale. La puissance suprême implique la sagesse suprême.
Nous, les générations de l’après-guerre, jusqu'à la génération X, nous avons grandi avec cette conscience aiguë de ce qu'est l’arme nucléaire et ce qu'elle implique.
Nous savions que sa seule existence empêchait la guerre… mais rendait aussi possible la fin de l’humanité en quelques heures.
Mais aujourd’hui, en 2025, cette conscience semble s’être estompée, des jeunes aux dirigeants.
La mémoire du feu se perd. Et avec elle, le sérieux et la responsabilité qui doivent accompagner l’existence de cette puissance ultime.
Les dirigeants occidentaux, en particulier en Europe de l’Ouest, semblent avoir oublié ce qu’est la dissuasion nucléaire.
Certains rêvent ouvertement d’en découdre avec la Russie — via l’Ukraine ou même plus directement, comme en témoignent les provocations autour de Kaliningrad. Le Kremlin a rappelé à plusieurs reprises qu’il possédait l’arme nucléaire. Ce n’est pas une menace offensive : c’est un rappel du principe même de la dissuasion. Mais ce langage n’est plus compris.
Rappelons-nous la très passagère Première Ministre du Royaume-Uni, Madame Theresa May, pour être élue à cette fonction avait déclaré qu'elle serait prête à déclencher ûe frappe nucléaire contre la Russie.... même si cela devait conduire à l'annihilation de l'humanité. Elle croyait là montrer sa force, elle ne montrait que sa folie et c'est très exactement ce qui a initié l'affrontement verbal nucléaire entre la Russie et l'OTAN.
L’obsession néoconservatrice de briser la Russie, de la diviser, de l’encercler, frôle l’irrationalité dangereuse. Et ce n’est pas la seule zone à haut risque :
L’Inde et le Pakistan, toutes deux puissances nucléaires, ont déjà connu des affrontements directs, et encore récemment.
Le cas de l’Iran et d’Israël est encore plus préoccupant.
En Iran, il y a encore des extrémistes qui rêvent "d’effacer Israël de la carte"... ils oublient qu’un tel acte entraînerait la mort de millions de Palestiniens et la destruction de Jérusalem, ville sainte de l’islam, et... rendrait l'existence de tout Etat palestinien impossible. Zéro sagesse.
Israël, de son côté, refuse de signer tout traité nucléaire international (comme le traité de non prolifération nucléaire, pourtant signé par l'Iran), tout en menant des guerres unilatérales à ses voisins et aux Palestiniens en irresponsabilité totale comme si ce pays ne disposiait par d'armes nucléaires, censées imposer la pondération aux dirigeants. Or, Israël dispose entre 50 et 60 têtes nucléaires non déclarées et a une doctrine officieuse aussi opaque que terrifiante : celle de la destruction simultanée de toutes les capitales arabes en cas de menace existentielle ; menaces existentielles qu'elle créé en menant des guerres unilatérales.
Quant aux États-Unis, constamment engagés dans des conflits armés, ils théorisent désormais des "frappes nucléaires tactiques"… comme si un usage "limité" de l’atome était possible. La Russie, en miroir, affirme que toute menace existentielle entraînera une riposte totale.
Or, il n’y aura jamais de guerre nucléaire limitée.
Une fois enclenchée, une guerre nucléaire condamnerait l’humanité entière.
La poussière radioactive, l’hiver nucléaire, l’effondrement des chaînes alimentaires, l’anéantissement des sociétés : tout cela ne connaît pas de frontières.
La puissance ultime implique la responsabilité ultime.
En ce 6 août 2025, il ne s’agit pas seulement de se recueillir en mémoire des centaines de milliers de morts japonais. Il faut méditer leur sacrifice dans la grande chaîne humaine de nos succès et de nos échecs collectifs.
Les joutes verbales entre Washington et Moscou se jouent, depuis quelques jours, en remake de Docteur Folamour, ce film visionnaire de Stanley Kubrick où la folie des hommes de pouvoir plonge l’humanité dans le chaos final.
Les détenteurs de l’arme ont tendance à se comporter en club exclusif et à considérer le traité de non-prolifération nucléaire (TNP), signé en 1968, comme le règlement intérieur de leur hégémonie. Or, le troisième pilier de ce traité, désormais adopté par 191 pays, stipule que les parties prenantes s’engagent sur la voie du désarmement, seul chemin certain vers la réalisation de « Plus jamais d’Hiroshima ».
Il s’agit de tirer les leçons de cet enfer.
De rappeler aux peuples comme aux dirigeants qu’en matière nucléaire, le moindre oubli, le moindre excès de confiance, le moindre malentendu pourrait nous mener à la fin. Le nucléaire exige des dirigeants sages.
Que le souvenir d’Hiroshima et Nagasaki ne soit pas un simple hommage.
Mais un avertissement.
Et un serment, solennel et lucide : plus jamais ça.
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