STELLANTIS ABANDONNE LA FILIERE HYDROGENE :

par Pcf du Charolais (71)

Automobile : Stellantis se désengage de la pile à combustible à hydrogène !

 

 

Automobile : Stellantis se désengage de la pile à combustible à hydrogène !

Stellantis de décider de mettre fin à son programme de développement de pile à combustible à hydrogène d'ici au 1er janvier 2026. Cela a provoqué la colère des industriels Forvia et Michelin, les deux partenaires du constructeur automobile dans leur co-entreprise Symbio dédiée à la mobilité hydrogène.

 

"En raison de la disponibilité limitée des infrastructures de ravitaillement en hydrogène, des investissements considérables requis et du besoin d'incitations très élevées pour les clients, l'entreprise n'anticipe pas l'adoption des véhicules utilitaires légers à hydrogène avant la fin de la décennie", a justifié le constructeur automobile dans un communiqué.

 

Dans cette perspective, Stellantis ne lancera pas cette année sa nouvelle gamme de véhicules Pro One à hydrogène, dont la production devait débuter cet été à Hordain, en France, pour les utilitaires de taille moyenne et à Gliwice, en Pologne, pour les utilitaires de grande taille.

 

Par voie de conséquence, Stellantis se désengagera de Symbio, dont le constructeur automobile avait acquis 33,3% du capital en juillet 2023 pour en devenir le troisième coactionnaire aux côtés de Forvia et Michelin. Pour ces derniers, ce retrait compromet sérieusement la viabilité de Symbio, qui célèbre ses quinze ans d'existence en 2025 et emploie plus de 600 collaborateurs.

 

Un choc industriel pour la filière hydrogène !

 

"Cette décision inattendue, brutale et non concertée" aura "des répercussions opérationnelles et financières très sévères pour Symbio", a indiqué un porte-parole du groupe Michelin. Dans une déclaration, Forvia s'inquiète des incidences "graves et immédiates" qu'entraîne la cessation des investissements de Stellantis dans Symbio, soulignant que le constructeur automobile représente à lui seul "près de 80% du volume d'activité" de la coentreprise.

 

Selon une source proche du dossier, Stellantis avait informé Forvia et Michelin de sa décision dès le mois de mai, alors que Symbio s'apprêtait à entamer la production de piles à combustible pour le compte du constructeur automobile dès le mois suivant. Cette annonce, interprétée comme une conséquence directe de la réorganisation de la direction de Stellantis, aurait été mal accueillie tant par Forvia et Michelin que par les services de l'Etat français.

 

Les pouvoirs publics suivent en effet avec attention le développement de la filière hydrogène à travers la technologie des piles à combustible. Dans le cadre de la révision de sa "Stratégie Nationale Hydrogène", le gouvernement français avait par exemple annoncé en avril dernier mettre en place de nouvelles aides pour l'achat de véhicules utilitaires légers fonctionnant à l'hydrogène.

 

Par ailleurs, le projet industriel et technologique stratégique HyMotive, porté par Symbio, bénéficie du soutien conjoint de l'Union européenne (UE) et de l'Etat français via les Projets importants d'intérêt européen commun (PIIEC). Lors de l'inauguration de sa gigafactory SymphonHy, située en Auvergne-Rhône-Alpes, Symbio avait indiqué, fin 2023, qu'HyMotive représentait un investissement global de 1 milliard d'euros sur une période de sept ans.

 

Des interrogations multiples

 

Dans ce contexte, l'annonce de Stellantis prend une tournure politique. Elle met en lumière le risque, pour des projets financés par des fonds publics, de dépendre d'industriels aux stratégies mouvantes et aux horizons financiers à court terme. Elle soulève également une question plus fondamentale: celle de la viabilité industrielle de la mobilité hydrogène, dans un marché qui peine encore à se structurer, malgré un fort soutien institutionnel.

 

Stellantis a indiqué avoir "engagé des discussions avec les actionnaires de Symbio afin d'évaluer les impacts de la conjoncture actuelle et de préserver au mieux les intérêts" de cette coentreprise, "dans le respect des engagements de chaque partie"

 

"Je vois mal Forvia et Michelin racheter les parts de Stellantis dans Symbio, car un tel investissement n'était pas prévu dans leurs plans pour cette année, qui les éprouve déjà beaucoup opérationnellement et financièrement", prédit un analyste. "L'arrivée d'un nouvel acteur industriel pour prendre le relais de Stellantis représenterait une solution moins défavorable, mais, là encore, les perspectives du secteur automobile mondial ne sont guère encourageantes", ajoute-t-il.

 

Alors que Symbio s'apprête à voir s'évaporer la quasi-totalité de son volume d'activité au cours des six prochains mois, la conquête de nouveaux clients et partenaires financiers s'impose désormais comme une impérieuse nécessité pour assurer sa survie. Toutefois, convaincre des tiers partenaires ou investisseurs que l'hydrogène constitue une solution d'avenir pour une mobilité décarbonée alors qu'un géant de l'industrie automobile vient d'abdiquer ne sera pas chose aisée, reconnaît-on tant chez Forvia que chez Michelin.

 

De son côté, Stellantis aura à préciser sa vision stratégique en matière de transition énergétique. Son annonce contraste fortement avec les ambitions affirmées jusqu'alors par le groupe, qui se présentait encore récemment comme l'un des pionniers de la mobilité hydrogène en Europe.

 

Antonio Filosa, nouveau directeur général, est-il en train d'opérer un revirement au profit du véhicule électrique à batterie, un segment jugé plus mature technologiquement et économiquement? Ou réalise-t-il un arbitrage dicté par la conjoncture, dans un secteur automobile mondial en proie à de fortes tensions sur les marges, les investissements et la visibilité à long terme?

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